Dette du Togo : près de 5 000 milliards FCFA, mais à qui le pays doit-il réellement cet argent ?

LOMÉ — Lorsqu'on parle de l'économie togolaise, les chiffres de croissance, le Port de Lomé, les nouvelles infrastructures et les investissements occupent généralement le devant de la scène. Mais derrière cette transformation se trouve une autre réalité : le Togo s'est fortement endetté.

Sep 02, 2026 - 14:43
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Dette du Togo : près de 5 000 milliards FCFA, mais à qui le pays doit-il réellement cet argent ?

Selon les projections budgétaires officielles établies par les autorités togolaises, l'encours de la dette publique devrait atteindre environ 4 875,6 milliards de FCFA en 2026, soit 68,5 % du PIB selon cette série de projections.

Cela représente près de 5 000 milliards de FCFA.

Un chiffre suffisamment important pour susciter une question légitime :

à qui le Togo doit-il tout cet argent ?

Et surtout : cette dette constitue-t-elle aujourd'hui un danger pour l'économie togolaise ?

La réponse est plus complexe qu'il n'y paraît.

Près de 5 000 milliards FCFA de dette

Le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle 2026-2028 du gouvernement fournit une photographie particulièrement intéressante.

Selon ces projections, la dette totale passerait de :

4 585,6 milliards FCFA en 2025

à

4 875,6 milliards FCFA en 2026

puis :

5 133,2 milliards FCFA en 2027

et

5 367,1 milliards FCFA en 2028.

À première vue, la dette continuerait donc d'augmenter.

Mais voici le paradoxe : le taux d'endettement devrait simultanément diminuer.

La dette représenterait 69,7 % du PIB en 2025, 68,5 % en 2026, 66,9 % en 2027 puis 64,8 % en 2028 selon les projections gouvernementales.

Comment peut-on devoir davantage d'argent tout en étant relativement moins endetté ?

Tout simplement parce que l'économie est supposée croître plus rapidement que la dette.

C'est l'une des clés pour comprendre les finances publiques.

Le montant absolu de la dette est important.

Mais ce qui compte surtout est la capacité de l'économie et de l'État à la supporter.

Attention : le FMI donne un autre chiffre

Les lecteurs peuvent rencontrer des chiffres différents dans les documents internationaux.

Ce n'est pas nécessairement une erreur.

Les définitions, périmètres statistiques, dates de référence et hypothèses peuvent différer.

Dans ses données publiées en 2026, le FMI situe par exemple la dette brute des administrations publiques togolaises autour de 64,7 % du PIB en 2026.

Les autorités togolaises projettent pour leur part 68,5 % dans leur programmation 2026-2028.

Il est donc préférable de ne pas comparer mécaniquement des chiffres provenant de séries différentes.

Mais toutes les sources racontent globalement la même histoire :

le niveau d'endettement togolais reste élevé, tandis que les autorités cherchent désormais à le ramener progressivement vers le bas.

La majorité de la dette reste togolaise ou régionale

Lorsqu'on entend « dette publique », on imagine souvent que le Togo doit essentiellement de l'argent à des gouvernements étrangers, à la Chine, au FMI ou à la Banque mondiale.

La réalité est différente.

Selon les projections officielles pour 2026 :

2 583,7 milliards FCFA seraient de la dette intérieure, soit environ 53 % du portefeuille ;

contre

2 291,9 milliards FCFA de dette extérieure, soit environ 47 %.

Autrement dit, plus de la moitié de la dette projetée est classée comme intérieure.

Et cette distinction est essentielle.

Une partie importante du financement du Togo passe par le marché financier régional de l'UEMOA.

Le Trésor togolais émet des bons et des obligations achetés notamment par des banques et investisseurs institutionnels présents dans l'Union.

Le Togo emprunte donc beaucoup sur son propre marché régional.

Pourquoi cette dette intérieure peut coûter cher

Cette situation possède un avantage évident.

Le Togo dépend moins exclusivement de créanciers étrangers et peut mobiliser rapidement des financements sur le marché régional.

Mais elle présente aussi un problème.

Le coût.

Le FMI a constaté une forte augmentation du coût des financements régionaux.

Le rendement moyen pondéré des titres togolais est passé d'environ 5,6 % en 2022 à 7,4 % en 2024.

Deux points de pourcentage peuvent sembler faibles.

À l'échelle de milliers de milliards de FCFA, ils représentent pourtant des sommes considérables.

Plus le taux auquel l'État emprunte augmente, plus une partie importante des recettes fiscales doit être utilisée pour payer les intérêts.

C'est de l'argent qui ne peut alors pas être utilisé pour construire une école, un hôpital, une route ou financer directement un programme social.

Et à l'étranger, à qui le Togo doit-il de l'argent ?

C'est ici que la structure devient particulièrement intéressante.

Les données détaillées du FMI montrent que les créanciers multilatéraux occupent une place importante dans la dette extérieure.

À fin 2024, le FMI estimait la dette publique totale à environ 6,825 milliards de dollars selon son périmètre statistique.

La dette extérieure représentait environ 2,881 milliards de dollars, soit 42 % de la dette totale dans cette série.

Parmi les créanciers multilatéraux figuraient notamment :

la Banque mondiale ;

le FMI ;

la Banque africaine de développement ;

la Banque ouest-africaine de développement ;

la Banque islamique de développement ;

ainsi que d'autres institutions internationales.

La Banque mondiale représentait à elle seule environ 773 millions de dollars, soit approximativement 11 % du stock total de dette considéré par le FMI à fin 2024.

Le FMI représentait environ 402 millions de dollars.

La BOAD environ 286 millions de dollars.

La Banque islamique de développement environ 115 millions de dollars.

Ces chiffres ont évidemment évolué depuis.

Mais ils permettent de comprendre quelque chose de fondamental :

la dette togolaise n'est pas détenue par un seul grand créancier.

Elle est répartie entre le marché régional, plusieurs institutions multilatérales et différents créanciers extérieurs.

Et la Chine ?

C'est probablement l'une des premières questions que beaucoup de lecteurs se poseront.

La Chine a financé plusieurs infrastructures importantes en Afrique et le Togo n'échappe pas à cette relation financière.

Mais les données disponibles ne permettent pas de présenter Pékin comme le principal créancier du Togo.

Le portefeuille est beaucoup plus diversifié.

Et ces dernières années, le poids des institutions multilatérales a augmenté.

Le FMI constate notamment que la part de la dette extérieure dans le portefeuille togolais s'est accrue depuis la période précédant la pandémie, principalement sous l'effet d'emprunts supplémentaires auprès d'institutions multilatérales, notamment le FMI et la Banque mondiale.

La vision d'une dette togolaise essentiellement détenue par la Chine serait donc trompeuse.

Combien le remboursement coûte-t-il chaque année ?

C'est probablement le chiffre le plus important après celui de la dette elle-même.

Car un État ne rembourse évidemment pas 5 000 milliards FCFA en une seule fois.

Chaque année, il doit cependant payer :

les intérêts

et

les emprunts arrivant à échéance.

L'ensemble constitue le service de la dette.

Dans ses estimations réalisées sur la structure de dette de fin 2024, le FMI évaluait le service total de la dette à environ :

1,353 milliard de dollars en 2024 ;

1,489 milliard de dollars en 2025 ;

et environ

1,140 milliard de dollars en 2026.

Le montant projeté pour 2026 correspondait à environ 10,1 % du PIB dans cette estimation.

C'est considérable.

Mais il faut comprendre ce chiffre correctement.

Une grande partie correspond au remboursement ou au refinancement du principal, et pas uniquement aux intérêts.

L'État peut donc rembourser une obligation arrivée à échéance en émettant une nouvelle obligation.

C'est une pratique normale.

Le danger apparaît lorsque le pays doit constamment refinancer des montants importants à des taux de plus en plus élevés.

Le vrai risque : devoir refinancer constamment la dette

C'est l'un des points de vigilance identifiés par le FMI.

La dette intérieure togolaise comprend une quantité importante de titres émis sur le marché régional.

Lorsque ces titres arrivent à échéance, l'État doit trouver de nouveaux financements pour les rembourser.

Si les conditions du marché sont favorables, cela peut fonctionner relativement facilement.

Mais si les taux augmentent brutalement ou si les investisseurs deviennent plus prudents, le refinancement devient plus difficile et plus coûteux.

C'est exactement pourquoi le gouvernement togolais cherche progressivement à modifier la structure de sa dette.

Les projections officielles prévoient que la dette intérieure, qui représenterait 53 % du portefeuille en 2026, se rapproche progressivement de 50 % à l'horizon 2028.

L'objectif est notamment de réduire le coût du portefeuille et le risque de refinancement.

Le Togo se tourne davantage vers les financements concessionnels

Tous les emprunts ne se valent pas.

Un prêt de 100 milliards FCFA à un taux très faible sur 30 ans n'a pas le même impact qu'un emprunt de 100 milliards à 7 ou 8 % devant être remboursé beaucoup plus rapidement.

C'est pourquoi les prêts concessionnels accordés par certaines institutions internationales sont particulièrement recherchés.

Ils permettent généralement d'obtenir :

des taux plus faibles ;

des échéances plus longues ;

et parfois des périodes de grâce avant le début des remboursements.

Le rapprochement avec le FMI et les partenaires multilatéraux doit aussi être compris sous cet angle.

En juin 2026, le FMI a débloqué environ 109,5 millions de dollars supplémentaires au profit du Togo dans le cadre de la Facilité élargie de crédit.

Les décaissements cumulés du programme atteignaient alors environ 298,6 millions de dollars.

L'objectif n'est donc pas seulement d'apporter de l'argent.

Le programme vise également à restaurer les marges budgétaires, améliorer la gestion publique et maintenir la dette sur une trajectoire soutenable.

Pourquoi le Togo s'est-il autant endetté ?

La progression de la dette n'est pas apparue sans raison.

Le pays a traversé successivement plusieurs chocs :

la pandémie de Covid-19 ;

la flambée internationale des prix alimentaires et énergétiques ;

les dépenses de sécurité liées à la menace jihadiste dans le nord ;

les programmes sociaux ;

et d'importants investissements publics.

Dans le même temps, le Togo a investi dans les routes, les infrastructures urbaines, l'énergie, la logistique et différents programmes de développement.

L'endettement a donc en partie permis de financer la transformation économique du pays.

La vraie question n'est par conséquent pas simplement :

« Le Togo s'est-il endetté ? »

La réponse est évidemment oui.

La bonne question est :

« La richesse créée grâce aux investissements financés par cette dette sera-t-elle supérieure à ce que cette dette coûtera au pays ? »

C'est cette équation qui déterminera si l'endettement a été productif.

La dette par Togolais : un chiffre spectaculaire, mais à manier avec prudence

Avec un encours projeté d'environ 4 875,6 milliards FCFA en 2026 et une population proche de neuf millions d'habitants, une simple division donne un ordre de grandeur supérieur à 500 000 FCFA de dette publique par habitant.

Ce chiffre est frappant.

Mais il ne signifie absolument pas que chaque Togolais possède personnellement une dette de 500 000 FCFA qu'il devra rembourser.

La dette appartient à l'État.

Elle est remboursée grâce aux recettes publiques futures, à la croissance économique, aux refinancements et à la gestion du patrimoine et des finances publiques.

La dette par habitant sert uniquement à rendre l'ordre de grandeur plus compréhensible.

Le Togo est-il surendetté ?

Pas au sens d'un État actuellement incapable d'honorer ses obligations.

Le pays continue d'accéder au marché régional et bénéficie du soutien d'institutions internationales.

Le FMI considère que les autorités ont réalisé des progrès importants dans la consolidation budgétaire.

Selon les données présentées en juin 2026, le déficit budgétaire a fortement diminué en 2025, pour atteindre environ 3,2 % du PIB, contre 6,8 % en 2024.

Dans la série utilisée par le FMI pour cette évaluation, la dette publique serait également passée de 66,2 % du PIB en 2024 à environ 64,9 % fin 2025.

C'est un signal encourageant.

Mais cela ne signifie pas que le problème de la dette est réglé.

Le niveau reste élevé et les coûts de financement demeurent un enjeu majeur.

Le chiffre de 70 % est-il une ligne rouge ?

Dans l'UEMOA, le ratio de 70 % du PIB est souvent utilisé comme référence dans le cadre des critères de convergence.

Mais il ne faut pas considérer 70 % comme un mur magique séparant automatiquement un pays solvable d'un pays insolvable.

Un État avec une dette de 50 % du PIB mais des taux très élevés et de faibles recettes fiscales peut être plus vulnérable qu'un autre endetté à 75 % bénéficiant de financements longs et bon marché.

La structure de la dette compte donc autant que son montant.

Pour le Togo, le véritable problème est triple :

combien doit-il ?

à quel taux ?

et dans combien de temps doit-il rembourser ?

La bataille économique des prochaines années

Le gouvernement veut désormais réduire progressivement le poids de la dette.

Mais cela crée une nouvelle difficulté.

Pour diminuer les déficits, l'État doit augmenter ses recettes ou ralentir certaines dépenses.

Augmenter les recettes signifie souvent :

améliorer le recouvrement fiscal ;

élargir l'assiette fiscale ;

réduire certaines exonérations ;

ou introduire de nouvelles mesures fiscales.

Réduire les dépenses peut signifier :

mieux cibler les subventions ;

reporter certains investissements ;

ou limiter la progression de certaines dépenses publiques.

Chacune de ces décisions peut avoir des conséquences directement perceptibles pour les entreprises et les ménages.

La dette publique n'est donc pas seulement une affaire de comptables à Lomé ou d'experts du FMI à Washington.

Elle peut finir par influencer les impôts, le prix de certains services, les investissements publics et le niveau des dépenses sociales.

Le Togo peut-il sortir du piège ?

La trajectoire projetée donne une réponse plutôt encourageante, à condition que les hypothèses se réalisent.

Selon la programmation officielle, le ratio dette/PIB passerait :

de 69,7 % en 2025

à 68,5 % en 2026,

66,9 % en 2027

puis 64,8 % en 2028.

Autrement dit, le montant de la dette continuerait à augmenter, mais l'économie togolaise devrait progresser encore plus rapidement.

C'est exactement ce dont le pays a besoin.

Car le meilleur moyen de réduire durablement le poids d'une dette n'est pas uniquement d'arrêter d'emprunter.

C'est aussi de faire croître suffisamment vite l'économie qui doit la supporter.

Et cela nous ramène directement aux deux premiers volets de cette série.

Si le Port de Lomé, la logistique, l'industrie, l'agriculture et le secteur privé créent suffisamment de valeur, les recettes publiques peuvent progresser et la dette devenir plus facile à supporter.

Si la croissance ralentit fortement, l'équation devient beaucoup plus difficile.

Le vrai enjeu : ce que chaque milliard emprunté produit

Près de 5 000 milliards FCFA de dette peuvent impressionner.

Mais le chiffre, pris isolément, ne permet pas de dire si la politique d'endettement togolaise est bonne ou mauvaise.

Il faut regarder ce qui a été financé.

Un milliard emprunté pour une infrastructure qui améliore durablement la productivité du pays peut générer des revenus pendant plusieurs décennies.

Un milliard utilisé pour financer une dépense sans effet économique durable laissera essentiellement… une dette à rembourser.

Voilà pourquoi la question centrale pour le Togo n'est peut-être pas :

« Combien devons-nous ? »

Mais plutôt :

« Qu'avons-nous construit avec cet argent et combien cela rapporte-t-il réellement au pays ? »

C'est sur cette réponse que l'histoire jugera probablement la stratégie d'endettement du Togo.

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