Togo : des milliards pour sauver les Savanes, mais pourquoi leurs jeunes continuent-ils de partir ?

Routes, forages, électrification, agriculture, sécurité, aides sociales : depuis l'arrivée de la menace terroriste dans le nord du Togo, les investissements consacrés aux Savanes ont changé d'échelle. Pourtant, une question demeure : ces milliards créent-ils suffisamment d'emplois et de perspectives pour retenir les jeunes ? Car bien avant l'orpaillage au Ghana, au Burkina Faso ou au Mali, une autre hémorragie existait déjà : celle des bacheliers obligés de quitter la région pour poursuivre leurs études supérieures. En 2026, les Savanes comptent plus d'un million d'habitants mais toujours aucune université publique généraliste. OGANews remonte aux origines d'un déséquilibre que le terrorisme n'a pas créé, mais qu'il a rendu beaucoup plus dangereux.

Sep 09, 2026 - 14:58
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Togo : des milliards pour sauver les Savanes, mais pourquoi leurs jeunes continuent-ils de partir ?

Avant le terrorisme, le problème existait déjà

Pour comprendre la situation actuelle des Savanes, il faut commencer par corriger une idée.

La pauvreté de la région n'est pas née avec le terrorisme.

Le manque d'emplois non plus.

Les départs des jeunes non plus.

Bien avant les premières attaques sur le territoire togolais, les Savanes figuraient déjà parmi les territoires les plus vulnérables du pays.

L'enquête QUIBB de 2015 situait l'incidence de la pauvreté dans les Savanes autour de 65 %, contre environ 55 % à l'échelle nationale.

Autrement dit, près de deux habitants sur trois y étaient considérés comme pauvres selon le seuil national de l'époque.

Pendant ce temps, une part importante de l'économie moderne togolaise se concentrait dans le sud.

Port de Lomé.

Banques.

Télécommunications.

Administration.

Commerce international.

Services.

Industries.

Logistique.

Plus tard, la Plateforme industrielle d'Adétikopé viendra encore renforcer ce grand pôle économique autour de Lomé.

Dans les Savanes, l'économie reposait davantage sur l'agriculture, l'élevage, le petit commerce, l'artisanat et les activités informelles.

Le nord n'était donc pas sans économie.

Mais il ne disposait pas du même type d'économie.


La terre, première entreprise des Savanes

Pendant longtemps, le principal employeur de la région n'a été ni l'État, ni une usine, ni une grande entreprise.

C'était la terre.

Maïs, mil, sorgho, riz, soja, arachide, coton, maraîchage et élevage faisaient vivre une grande partie des ménages.

Cette agriculture constitue toujours l'un des principaux atouts économiques des Savanes.

Mais elle souffrait déjà de faiblesses structurelles :

faible mécanisation ;

dépendance aux pluies ;

accès difficile au financement ;

insuffisance du stockage ;

pertes après récolte ;

faible transformation locale ;

revenus irréguliers ;

difficultés d'accès à certains marchés.

Le problème n'était donc pas seulement de produire.

Il fallait réussir à garder davantage de valeur dans la région.

Un sac de soja vendu brut rapporte au producteur.

Mais autour du même soja peuvent être créés du transport, du stockage, de l'huile, des tourteaux, de l'alimentation animale, du conditionnement et de la distribution.

Ce sont ces étapes qui créent des entreprises et des emplois supplémentaires.

Lorsque la matière première quitte la région avant d'être transformée, une partie de cette valeur part avec elle.

Bien avant le terrorisme, l'un des grands défis des Savanes était donc déjà celui-ci :

passer d'une économie principalement agricole à une véritable économie agro-industrielle.


L'État n'avait pas attendu les attaques pour intervenir

Dire que les Savanes auraient été totalement abandonnées avant la crise sécuritaire serait également inexact.

Plusieurs politiques nationales y étaient déjà déployées.

Le Programme d'urgence de développement communautaire (PUDC), lancé en 2016 avec l'appui du PNUD, cherchait notamment à réduire les inégalités d'accès aux infrastructures et services essentiels.

Pistes rurales.

Hydraulique.

Énergie.

Équipements sociaux.

Activités génératrices de revenus.

Les Savanes figuraient parmi les territoires concernés.

Des programmes de filets sociaux, avec notamment l'appui de la Banque mondiale, intervenaient également auprès des ménages vulnérables.

Transferts monétaires.

Cantines scolaires.

Travaux communautaires.

Accompagnement des populations pauvres.

L'agriculture faisait parallèlement l'objet de politiques d'investissement, de financement et de structuration des chaînes de valeur.

Le mécanisme MIFA, lancé en 2018, devait notamment faciliter l'accès des acteurs agricoles au financement.

Puis est venue la stratégie des agropoles.

L'ambition était déjà de rapprocher agriculture, transformation, investissements privés et marchés.

Le diagnostic était donc connu.

Mais ces différentes interventions n'avaient pas encore transformé les Savanes en un grand bassin d'emplois modernes lorsque la crise sécuritaire a changé les priorités.


Un premier exode silencieux : partir après le bac

Il existe cependant un élément essentiel dans l'histoire économique des Savanes que les statistiques de pauvreté racontent mal.

Le départ des jeunes ne commence pas toujours avec la recherche d'un emploi.

Pour certains, il commence avec la réussite scolaire.

Pendant des décennies, un jeune de Dapaong, Mango, Cinkassé, Mandouri ou Tandjoaré qui obtenait son baccalauréat et souhaitait poursuivre des études dans le système universitaire public devait quitter sa région.

Avant l'ouverture de l'Université de Kara, la destination principale était Lomé.

Pour une famille des Savanes, cela signifiait envoyer son enfant à plusieurs centaines de kilomètres.

Logement.

Nourriture.

Transport.

Frais universitaires.

Fournitures.

Dépenses quotidiennes.

Le baccalauréat ouvrait la porte de l'université.

Mais il ouvrait aussi, très souvent, la porte du départ.


Kara devait rapprocher l'université du nord

Le gouvernement avait lui-même identifié le problème de la concentration universitaire.

L'Université de Kara a été juridiquement créée en 1999 et a effectivement ouvert ses portes en 2004.

Elle accueillait alors environ 1 537 étudiants.

Sa création participait explicitement à la volonté de décentraliser l'enseignement supérieur togolais.

Pour les familles des Savanes, Kara représentait une amélioration considérable par rapport à Lomé.

Mais elle ne supprimait pas la migration universitaire.

Elle la raccourcissait.

Un jeune de Dapaong devait toujours quitter Dapaong.

Un jeune de Cinkassé devait toujours quitter Cinkassé.

Un jeune de Mango devait toujours quitter Mango.

Il fallait toujours financer un logement, la nourriture et la vie quotidienne dans une autre région.


2026 : toujours aucune université publique dans les Savanes

Plus de vingt ans après l'ouverture de l'Université de Kara, la situation mérite d'être réexaminée.

En 2026, l'enseignement universitaire public togolais reste structuré autour de ses deux grandes universités publiques de Lomé et Kara.

Les Savanes n'ont toujours pas leur université publique généraliste.

Or nous ne parlons pas d'un territoire faiblement peuplé.

Selon le cinquième Recensement général de la population et de l'habitat de l'INSEED, le Togo comptait 8 095 498 habitants en novembre 2022.

En considérant le Grand Lomé séparément, le classement démographique est le suivant :

1er — Grand Lomé

2 188 376 habitants — environ 27,0 %

2e — Plateaux

1 635 946 — environ 20,2 %

3e — Maritime hors Grand Lomé

1 346 615 — environ 16,6 %

4e — Savanes

1 143 520 — environ 14,1 %

5e — Kara

985 512 — environ 12,2 %

6e — Centrale

795 529 — environ 9,8 %

Les Savanes comptaient donc au dernier recensement davantage d'habitants que la région de Kara.

Environ un Togolais sur sept y vivait.


À elle seule, Tône approche les 400 000 habitants

À l'intérieur des Savanes, les données du RGPH-5 montrent également l'importance démographique des différentes préfectures :

Tône : 388 775 habitants

Oti-Sud : 150 376

Tandjoaré : 138 867

Cinkassé : 128 959

Oti : 124 848

Kpendjal-Ouest : 123 330

Kpendjal : 88 365

Ces chiffres donnent une autre dimension au débat universitaire.

La question n'est pas de réclamer une université uniquement parce qu'une région dépasse le million d'habitants.

Créer une université nécessite des enseignants, des laboratoires, des bibliothèques, des logements, des équipements et des financements permanents.

Mais avec 1,14 million d'habitants, une population particulièrement jeune et les défis actuels de développement et de sécurité, la question d'un véritable pôle universitaire dans les Savanes mérite au minimum d'être posée.


Pourquoi toujours Kara ?

La question devient d'autant plus intéressante que le gouvernement continue d'investir massivement dans l'Université de Kara.

Le 24 avril 2026, de nouvelles infrastructures universitaires modernes y ont été inaugurées.

Environ 18 600 m² de nouvelles surfaces utiles ont été ajoutés.

Elles accueillent notamment la Faculté des sciences de la santé, l'Institut supérieur des métiers de l'agriculture, l'Institut polytechnique et de l'innovation, des infrastructures administratives et un restaurant universitaire.

À terme, l'ambition annoncée pour Kara est considérable :

capacité de 30 000 étudiants ;

neuf facultés ;

résidences pour environ 10 000 étudiants ;

bibliothèque centrale ;

infrastructures sanitaires ;

équipements sportifs et culturels.

Il faut le reconnaître : cet investissement constitue une avancée majeure pour l'enseignement supérieur dans le nord du Togo.

Mais il confirme également le choix de continuer à faire de Kara le principal pôle universitaire septentrional.

OGANews n'a pas identifié dans les documents officiels consultés une explication gouvernementale unique indiquant pourquoi une université publique n'a pas été créée dans les Savanes.

Il serait donc incorrect d'attribuer arbitrairement une motivation aux autorités.

Mais la question reste entière :

avec plus d'un million d'habitants dans les Savanes, pourquoi le développement universitaire du nord continue-t-il d'être concentré à Kara ?


Une université est aussi une infrastructure économique

Cette question dépasse largement l'éducation.

Une université produit une économie.

Plusieurs milliers d'étudiants ont besoin de :

chambres ;

restaurants ;

transports ;

commerces ;

internet ;

imprimeries ;

librairies ;

services bancaires ;

mobile money ;

loisirs.

Il faut également :

enseignants ;

chercheurs ;

personnel administratif ;

techniciens ;

agents d'entretien ;

prestataires ;

entreprises de construction ;

services informatiques.

Autour d'une université se développe progressivement un écosystème.

L'Université de Kara en est justement une illustration.

Partie d'environ 1 500 étudiants en 2004, elle accueille désormais plusieurs milliers d'étudiants et constitue un élément important de l'économie de la ville.

Une question devient alors légitime :

si l'université est un outil de développement territorial pour Kara, pourquoi ne pourrait-elle pas jouer ce rôle à Dapaong ?


Quand l'étudiant part, son argent part aussi

Il existe également une conséquence économique beaucoup moins visible.

Lorsqu'une famille de Dapaong entretient un étudiant à Kara ou Lomé, une partie de son revenu quitte les Savanes.

Cet argent sert à payer :

un propriétaire ;

un restaurant ;

un transporteur ;

un commerçant ;

un prestataire internet ;

différents services.

Ce n'est évidemment pas une critique de Kara ou de Lomé.

Ces villes jouent leur rôle de pôles universitaires.

Mais économiquement, une partie de la consommation qui aurait pu soutenir des entreprises dans les Savanes est réalisée ailleurs.

Multiplié par des milliers d'étudiants et plusieurs années d'études, le phénomène mérite d'être pris en compte.


Le véritable problème arrive peut-être après le diplôme

Le départ universitaire pourrait n'être que temporaire.

Mais après trois ou cinq années passées à Kara ou Lomé, un étudiant y a construit une partie de sa vie.

Ses amis.

Son réseau.

Ses stages.

Ses premiers contacts professionnels.

Puis arrive le diplôme.

S'il retourne à Dapaong, quelles entreprises peuvent recruter son profil ?

Combien de postes de cadres sont disponibles ?

Combien de startups ?

Combien d'industries ?

Combien de bureaux d'études ?

Combien d'entreprises technologiques ?

Combien de grandes structures privées ?

Lorsque les débouchés se trouvent principalement ailleurs, le départ étudiant peut devenir une migration permanente.

Les Savanes perdent alors une partie de leurs jeunes au moment même où ceux-ci deviennent les plus qualifiés.

C'est une fuite interne du capital humain.


Puis le terrorisme a changé la nature du problème

La pauvreté était ancienne.

Les migrations étaient anciennes.

La concentration universitaire était ancienne.

Le manque d'industrie était ancien.

Puis la progression des groupes armés au Burkina Faso a transformé ces faiblesses économiques en vulnérabilités sécuritaires.

L'État avait anticipé la menace en lançant l'opération Koundjoaré en 2018.

Mais lorsque les attaques ont commencé à toucher directement le territoire togolais, il est devenu évident que la réponse ne pouvait pas être uniquement militaire.

Une frontière ne se sécurise pas uniquement avec des soldats.

Elle se sécurise aussi avec des populations qui ont intérêt à rester, investir et construire leur avenir sur place.


2022 : le développement devient une question de sécurité nationale

C'est dans ce contexte que le Programme d'urgence pour la région des Savanes est lancé en 2022, avant d'être élargi sous l'appellation PURS — Programme d'urgence de renforcement de la résilience et de la sécurité des communautés.

La rupture est importante.

Avant la crise, la logique était essentiellement :

développer les Savanes parce qu'elles sont pauvres et insuffisamment équipées.

Après l'arrivée de la menace :

développer les Savanes devient également indispensable pour protéger la stabilité du pays.

Les investissements changent alors d'échelle.


Plus de 50 milliards FCFA rapidement engagés

Fin 2023, les autorités annonçaient déjà plus de 50 milliards FCFA engagés dans le programme.

Les réalisations présentées étaient importantes :

près de 80 000 nouvelles personnes desservies en eau potable ;

environ 15 000 ménages supplémentaires raccordés à l'électricité ;

plus de 1 000 hectares de bas-fonds aménagés ;

plus de 21 000 tonnes d'engrais vivriers distribuées ;

auxquels s'ajoutaient différentes interventions sur les pistes rurales, l'agriculture, l'irrigation, la santé et l'éducation.

La BOAD a également approuvé un financement partiel de :

30 milliards FCFA.

Il devait notamment contribuer aux pistes rurales, à l'eau, l'électricité, aux infrastructures sociales et à certaines activités économiques.


Puis la Banque mondiale change encore l'échelle

En mai 2024, le Togo a obtenu accès au guichet de financement pour la prévention et la résilience de la Banque mondiale.

Montant annoncé :

environ 315 millions de dollars.

Soit un ordre de grandeur proche de 190 milliards FCFA, selon le taux de change utilisé.

Une précision est toutefois indispensable.

Il serait faux d'écrire :

« 190 milliards FCFA ont été dépensés dans les Savanes ».

Il s'agit d'une enveloppe accessible dans le cadre d'une stratégie plus large de prévention et de résilience.

Le PURS a également été étendu au-delà des seules Savanes.

Un financement annoncé n'est donc pas nécessairement un financement déjà décaissé.

Et un financement national n'est pas nécessairement entièrement dépensé dans les Savanes.

Cette distinction est fondamentale.


Mais combien de ces milliards deviennent directement des emplois ?

C'est probablement la question centrale de toute l'enquête.

Les documents publics permettent relativement facilement de compter :

les forages ;

les ménages électrifiés ;

les kilomètres de pistes ;

les tonnes d'engrais ;

les hectares aménagés ;

les écoles ;

les infrastructures sanitaires ;

les montants mobilisés.

En revanche, il est beaucoup plus difficile de trouver un indicateur consolidé répondant à cette question :

combien d'emplois permanents ont été directement créés pour les jeunes vivant dans les Savanes grâce à ces investissements ?

Cette absence de donnée consolidée ne signifie évidemment pas qu'aucun emploi n'a été créé.

Mais elle révèle quelque chose.

Les infrastructures sont beaucoup mieux comptabilisées publiquement que les emplois durables.


Un forage n'est pas une usine

Cette distinction est essentielle.

Supposons que l'État investisse plusieurs centaines de millions dans une infrastructure.

Le chantier emploie :

maçons ;

manœuvres ;

techniciens ;

chauffeurs ;

conducteurs d'engins.

Pendant plusieurs mois, l'investissement crée effectivement du revenu.

Puis le chantier se termine.

L'infrastructure reste.

Les emplois de construction, eux, disparaissent en grande partie.

Cela ne rend pas l'investissement inutile.

Une route peut transformer l'économie d'une zone agricole.

L'électricité peut permettre l'installation d'une entreprise.

Un forage change la vie d'un village.

Mais ces investissements constituent surtout des conditions permettant le développement économique.

Ils ne garantissent pas automatiquement la création d'un tissu d'entreprises.


Sangol : l'investissement qui paie directement les habitants

Une expérience conduite à Sangol avec l'appui de l'Organisation internationale du Travail montre une approche intéressante.

Elle utilise le principe des travaux à haute intensité de main-d'œuvre.

Le PURS rapporte la création de :

135 emplois temporaires.

Une partie des bénéficiaires était constituée de femmes, de réfugiés et de déplacés.

L'intérêt du modèle est évident :

l'argent consacré à l'infrastructure produit également directement du revenu local.

Mais encore une fois, le terme important est :

temporaire.

Pour une région dépassant le million d'habitants, le défi est de créer des activités qui continueront à verser des revenus plusieurs années après la fin des chantiers.


Nayéga : une mine dans les Savanes pendant que des jeunes vont chercher de l'or ailleurs

Un autre projet illustre parfaitement le paradoxe.

En juin 2025, la mine de manganèse de Nayéga, dans les Savanes, est entrée dans sa phase d'exploitation.

Ses réserves sont estimées à :

8,5 millions de tonnes.

La production doit progressivement passer de 4 000 à 8 000 tonnes mensuelles.

La Société Togolaise de Manganèse est détenue à 100 % par l'État.

Le gouvernement annonce :

plus d'une centaine d'emplois directs et indirects.

C'est positif.

Mais une centaine d'emplois ne peut évidemment pas modifier à elle seule le marché du travail d'une région de plus d'un million d'habitants.

La véritable opportunité se trouve probablement autour de la mine :

transport ;

maintenance ;

mécanique ;

restauration ;

logistique ;

sécurité ;

équipements ;

formation ;

sous-traitance.

Nayéga ne devrait donc pas uniquement être évaluée en tonnes de manganèse exportées.

Mais également en emplois et PME locales créés autour de la mine.


Et certains jeunes continuent de chercher de l'or à l'étranger

C'est l'autre face du paradoxe.

Des témoignages documentent des départs de jeunes du nord du Togo vers les zones aurifères du Burkina Faso et du Mali.

L'attraction est économique.

Lorsqu'un jeune voit revenir un autre avec une moto, de l'argent ou simplement davantage de liquidités que ce qu'il pense pouvoir gagner rapidement dans l'agriculture, l'orpaillage devient extrêmement attractif.

Même lorsqu'il est dangereux.

Même lorsqu'il est clandestin.

Même lorsqu'il conduit vers des zones confrontées à une grave insécurité.


Ghana : 49 Togolais arrêtés dans deux opérations documentées

Le phénomène apparaît également dans les opérations des autorités ghanéennes contre le « galamsey », l'exploitation minière illégale.

Le 4 mars 2025, une opération menée dans la forêt de Tilli a conduit à l'arrestation de 73 personnes.

Parmi elles :

27 ressortissants togolais.

Puis, en janvier 2026, la police ghanéenne a annoncé l'arrestation de :

22 autres ressortissants togolais

qui se dirigeaient, selon les autorités, vers une zone d'exploitation minière illégale.

Cela représente :

49 Togolais dans seulement deux opérations documentées.

Mais OGANews apporte une précision indispensable.

Les autorités ghanéennes établissent leur nationalité.

Elles n'établissent pas que les 49 personnes étaient toutes originaires des Savanes.

Il serait donc incorrect de les présenter comme « 49 jeunes des Savanes ».


Combien de jeunes des Savanes travaillent réellement dans les mines étrangères ?

Nous ne le savons pas.

Et c'est justement une donnée qui manque.

OGANews n'a identifié aucune statistique officielle suffisamment solide permettant d'affirmer que 5 000, 10 000 ou 20 000 jeunes de la région travaillent dans les mines du Ghana, du Burkina Faso ou du Mali.

Il serait irresponsable d'inventer un chiffre.

Mais l'absence de chiffre ne fait pas disparaître le phénomène.

Elle signifie plutôt qu'il faudrait commencer à le mesurer.

Combien partent ?

De quelles préfectures ?

Quel âge ont-ils ?

Combien gagnent-ils ?

Combien reviennent ?

Combien abandonnent l'agriculture ?

Combien sont arrêtés ?

Ces données permettraient d'évaluer beaucoup plus sérieusement l'état du marché du travail régional.


Les Savanes subissent en réalité plusieurs hémorragies

Lorsque l'on rassemble toutes ces données, un schéma apparaît.

Première hémorragie : universitaire

Après le bac :

Savanes → Kara / Lomé.

Deuxième hémorragie : professionnelle

Après les études ou faute d'opportunités :

Savanes → Lomé / autres centres économiques.

Troisième hémorragie : économique régionale

Pour une partie des jeunes :

Savanes → Ghana / Burkina Faso / Mali, notamment vers certaines zones minières.

Les trois phénomènes sont différents.

Partir étudier légalement à Kara n'est évidemment pas comparable à travailler clandestinement sur un site aurifère.

Mais ils possèdent un point commun :

l'opportunité recherchée se trouve ailleurs.


Un milliard dépensé dans les Savanes n'est pas nécessairement un milliard gagné par les Savanes

C'est une autre question que les prochains bilans devraient mesurer.

Imaginons un projet de 10 milliards FCFA réalisé dans la région.

Une partie peut financer des équipements importés.

Une partie peut revenir à une entreprise basée à Lomé.

Une partie peut payer des experts extérieurs.

Une partie peut acheter des matériaux fabriqués ailleurs.

Tout cela peut être nécessaire à la réalisation du projet.

Mais combien restent finalement sous forme :

de salaires locaux ?

de contrats pour les PME régionales ?

d'achats auprès de producteurs locaux ?

de nouvelles entreprises ?

d'emplois permanents ?

C'est le « contenu local » de l'investissement.

Et c'est probablement l'un des indicateurs qui manque le plus au débat.


Pourquoi ne pas imposer des objectifs d'emploi local ?

Sans sacrifier la compétence ou la qualité, les grands projets réalisés dans les Savanes pourraient être accompagnés d'indicateurs publics :

part de la main-d'œuvre recrutée dans la région ;

nombre de jeunes formés ;

nombre d'apprentis ;

part des achats locaux ;

nombre de PME locales sous-traitantes ;

nombre d'emplois conservés après le chantier.

Ainsi, chaque milliard aurait deux objectifs :

construire une infrastructure ;

construire une économie locale.


Après le PURS, faut-il une véritable stratégie productive des Savanes ?

La région dispose déjà de plusieurs éléments.

Agriculture.

Élevage.

Manganèse.

Commerce transfrontalier.

Corridor routier.

Énergie solaire.

Une population jeune.

Une ville principale, Dapaong.

Une position entre le Ghana, le Burkina Faso et le reste du Togo.

Ce qui manque encore est peut-être la concentration de ces éléments dans une véritable stratégie productive.


Une « PIA des Savanes » ?

La Plateforme industrielle d'Adétikopé montre la volonté togolaise d'attirer l'industrie et la transformation.

Les Savanes n'ont pas nécessairement besoin d'une copie exacte de la PIA.

Mais elles pourraient avoir besoin de leur propre grand pôle productif.

Autour de :

agro-industrie ;

stockage ;

chaîne du froid ;

transformation de viande ;

huileries ;

céréales ;

alimentation animale ;

logistique ;

énergie solaire ;

formation professionnelle ;

PME.

Dapaong pourrait jouer le rôle de centre.

Cinkassé celui de porte commerciale vers le Burkina Faso et le Ghana.

Mango pourrait renforcer les chaînes agricoles et logistiques.

Nayéga pourrait constituer un pôle minier et de services.


Et pourquoi pas une Université des Savanes au cœur de ce dispositif ?

C'est ici que les deux problèmes — emploi et enseignement supérieur — peuvent se rejoindre.

Créer une université ne devrait pas consister simplement à reproduire les mêmes facultés généralistes existant à Lomé et Kara.

Une éventuelle Université des Savanes pourrait être construite autour des besoins économiques réels de la région.

Agriculture et agro-industrie

Agronomie.

Irrigation.

Transformation alimentaire.

Élevage.

Santé animale.

Gestion de l'eau.

Mines et géosciences

Géologie.

Maintenance industrielle.

Environnement minier.

Transformation des minerais.

Énergie

Solaire.

Réseaux électriques.

Maintenance.

Logistique et commerce transfrontalier

Transport.

Douanes.

Chaînes d'approvisionnement.

Commerce régional.

Santé

Santé publique.

Médecine communautaire.

Nutrition.

Soins infirmiers.

Numérique

Informatique.

Cartographie.

Drones agricoles.

Systèmes d'information géographique.

Entrepreneuriat.

Sécurité et développement

Gestion territoriale.

Études frontalières.

Prévention des conflits.

Développement communautaire.

Une telle institution ne serait plus simplement un endroit où obtenir une licence.

Elle pourrait devenir le cerveau économique des Savanes.


L'université pourrait même travailler directement avec le PURS et Nayéga

Le PURS développe l'irrigation ?

L'université forme des techniciens agricoles.

La région développe l'énergie solaire ?

Elle forme les techniciens chargés de maintenir les installations.

Nayéga extrait du manganèse ?

Elle forme des spécialistes de maintenance, géologie et environnement.

Les producteurs veulent transformer leurs récoltes ?

Ses laboratoires développent des procédés agroalimentaires.

Les entreprises locales manquent de compétences ?

Elle crée des formations courtes adaptées à leurs besoins.

Ainsi, l'enseignement supérieur deviendrait directement connecté à la stratégie économique.


Le terrorisme n'a donc pas créé le problème des Savanes

Il l'a révélé avec beaucoup plus de brutalité.

La pauvreté était déjà là.

Le manque d'industrie était déjà là.

Les migrations existaient déjà.

Le départ universitaire existait déjà.

La concentration des grandes opportunités économiques dans le sud existait déjà.

Ce que le terrorisme a changé, c'est le prix que le pays risque désormais de payer si ces déséquilibres persistent.

Le développement des Savanes n'est plus seulement une question d'équité territoriale.

Il est devenu une question stratégique nationale.


Les milliards investis sont-ils alors inutiles ?

Non.

Une telle conclusion serait contraire aux faits.

Une route désenclave.

Un forage change la vie d'un village.

L'électricité permet de produire.

Une école développe le capital humain.

L'irrigation augmente les possibilités agricoles.

Les investissements réalisés depuis la crise sécuritaire sont donc essentiels.

Mais ils constituent en grande partie les fondations.

Il faut maintenant construire l'économie dessus.

Après la route :

l'entreprise.

Après l'électricité :

l'usine ou l'atelier.

Après l'irrigation :

la transformation.

Après le lycée :

l'enseignement supérieur.

Après la formation :

l'emploi.


Le véritable indicateur : combien de jeunes choisissent de rester ?

Depuis plusieurs années, on mesure les progrès des Savanes avec des indicateurs parfaitement légitimes :

forages ;

électricité ;

routes ;

écoles ;

hectares aménagés ;

montants investis.

Mais il faudrait peut-être ajouter un indicateur beaucoup plus simple.

Combien de jeunes choisissent de rester ?

Combien de bacheliers peuvent poursuivre leurs études dans la région ?

Combien de diplômés reviennent ?

Combien trouvent un emploi ?

Combien créent une entreprise ?

Combien de PME locales profitent des investissements publics ?

Combien de jeunes n'ont plus besoin de partir chercher de l'or ailleurs ?


Le prochain grand chantier des Savanes n'est peut-être pas une route

Pendant longtemps, le défi consistait à désenclaver la région.

Puis il a fallu la protéger.

Aujourd'hui, un troisième défi apparaît :

lui permettre de retenir son capital humain.

Une région peut perdre ses jeunes de deux manières.

Parce qu'ils fuient la pauvreté.

Ou parce qu'ils réussissent suffisamment pour devoir aller chercher ailleurs l'université et les emplois correspondant à leurs ambitions.

Les Savanes semblent connaître les deux phénomènes.

Et c'est précisément ce qui rend la situation particulière.


Après les milliards, il faudra compter les vies construites sur place

Le succès du PURS ne pourra pas être jugé uniquement à partir du montant total dépensé.

Il faudra regarder ce qui restera dans dix ou vingt ans.

Des routes ?

Certainement.

Des forages ?

Oui.

De l'électricité ?

Davantage.

Mais aussi :

des entreprises ?

des industries ?

des diplômés ?

des chercheurs ?

des techniciens ?

des PME ?

des emplois ?

C'est là que se jouera la véritable transformation.

Car la victoire ne sera pas seulement le jour où le Togo pourra dire :

« Nous avons empêché le terrorisme de progresser dans les Savanes. »

Elle sera aussi le jour où un jeune de Dapaong, Cinkassé, Mango, Mandouri ou Tandjoaré pourra obtenir son bac et raisonnablement se dire :

« Je peux étudier ici. »

Puis quelques années plus tard :

« Je peux travailler ici. »

Et enfin :

« Je peux construire mon avenir ici. »

Tant que cette chaîne ne sera pas complète, les Savanes continueront de perdre une partie de leur ressource la plus précieuse.

Pas le manganèse de Nayéga.

Pas leurs terres agricoles.

Leurs jeunes.

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