Togo : Sebastian Perez Pezzani libéré sous contrôle judiciaire, Gaël Mocaër et Fred Vedomey restent détenus
L’affaire des réalisateurs français arrêtés au Togo connaît un nouveau tournant. Sebastian Perez Pezzani a obtenu une remise en liberté provisoire pour raisons médicales, mais reste sous contrôle judiciaire et privé de son passeport. Gaël Mocaër et leur collaborateur togolais Fred Vedomey demeurent, eux, détenus à Lomé. Alors que le gouvernement togolais détaille désormais publiquement les charges retenues, la pression des organisations professionnelles et de défense de la presse s’intensifie.
L’affaire qui oppose depuis plusieurs semaines les autorités togolaises à deux réalisateurs français et à leur collaborateur togolais entre dans une nouvelle phase.
Arrêtés le 27 juillet 2026 alors qu’ils tournaient dans le nord du Togo un épisode de l’émission Les Routes de l’impossible, Gaël Mocaër, Sebastian Perez Pezzani et Fred Vedomey avaient été placés en détention provisoire le 17 août.
Mais leur situation judiciaire n’est désormais plus identique.
Le 20 août, un juge d’instruction à Lomé a accordé à Sebastian Perez Pezzani une remise en liberté provisoire pour raisons médicales. Son passeport a cependant été confisqué et il reste soumis à la procédure judiciaire togolaise dans l’attente d’une nouvelle comparution.
En revanche, Gaël Mocaër et Fred Vedomey demeurent en détention à Lomé. Leur demande de remise en liberté provisoire n’a pas abouti.
Sebastian Perez Pezzani libre, mais pas libre de quitter le Togo
Le terme de « libération » mérite donc d’être précisé.
Sebastian Perez Pezzani n’a pas bénéficié d’un abandon des poursuites. Il reste concerné par l’information judiciaire ouverte au Togo et les autorités ont conservé son passeport.
Selon le Committee to Protect Journalists, cette décision a été prise en raison de son état de santé. Son avocat, Me Martial Akakpo, a confirmé au CPJ que le réalisateur avait été provisoirement libéré le 20 août pour motif médical.
Reporters sans frontières avait auparavant relayé l’inquiétude de sa famille concernant son état de santé, estimant qu’il risquait de se détériorer sans prise en charge médicale adaptée.
Pour ses proches, cette décision constitue donc un premier soulagement.
Mais elle ne règle en rien le fond de l’affaire.
Gaël Mocaër et Fred Vedomey toujours privés de liberté
La situation est beaucoup plus difficile pour Gaël Mocaër et Fred Vedomey.
Les deux hommes restent détenus dans un établissement de police à Lomé, selon les dernières informations communiquées par le CPJ.
Leur maintien en détention est vivement contesté par plusieurs organisations.
Reporters sans frontières réclame leur libération et considère la procédure comme disproportionnée. Le CPJ demande également aux autorités togolaises de libérer Mocaër et Vedomey et d’abandonner les poursuites contre les trois professionnels.
La Fédération internationale des journalistes et plusieurs syndicats français ont rejoint cet appel.
Ce que le gouvernement togolais leur reproche réellement
Pendant plusieurs semaines, les circonstances exactes de l’arrestation sont restées entourées d’incertitudes.
Le gouvernement togolais a finalement pris publiquement la parole le 22 août, affirmant que la justice disposait d’« indices graves et concordants » contre les personnes mises en cause.
Les poursuites portent officiellement sur des « fausses déclarations ».
Selon les autorités, plusieurs irrégularités auraient été relevées pendant le tournage.
L’équipe disposait bien d’une autorisation de tournage, mais le gouvernement affirme qu’elle avait été délivrée au seul nom de Fred Vedomey et ne couvrait pas toutes les zones dans lesquelles les trois hommes se sont rendus.
Les autorités leur reprochent notamment d’avoir filmé dans la région des Savanes et dans certaines localités du Nord qui ne figuraient pas dans l’autorisation présentée.
À cela s’ajoute l’utilisation d’un drone dont les caractéristiques n’auraient pas été préalablement déclarées.
Le gouvernement souligne que certaines de ces zones font l’objet de restrictions particulières en raison de la situation sécuritaire.
Le Nord togolais au cœur du problème
Ce dernier point est essentiel pour comprendre pourquoi l’affaire a pris une telle ampleur.
Le nord du Togo est confronté depuis plusieurs années à la progression de groupes jihadistes depuis le Burkina Faso voisin.
La région des Savanes est placée sous un régime sécuritaire exceptionnel et constitue désormais une priorité majeure pour les Forces armées togolaises.
Dans ce contexte, la présence de journalistes étrangers équipés de matériel de tournage et d’un drone attire nécessairement l’attention des services de sécurité.
Mais cette réalité ne règle pas la question juridique fondamentale : les irrégularités reprochées justifient-elles plusieurs semaines de privation de liberté ?
C’est précisément sur ce terrain que s’opposent les autorités togolaises et les organisations de défense de la presse.
Une autorisation existait bien : le cœur de la controverse
L’un des éléments les plus importants apparus depuis les premières révélations est que l’existence d’une autorisation de tournage n’est plus réellement contestée.
La divergence porte désormais sur ce qu’elle permettait exactement.
Selon la défense et les organisations professionnelles, l’équipe avait effectué les démarches nécessaires pour réaliser son documentaire.
Le gouvernement togolais répond que cette autorisation était limitée, qu’elle ne concernait pas toutes les personnes présentes et qu’elle ne couvrait pas l’ensemble des zones visitées.
Un document cité par plusieurs médias précise par ailleurs que l’autorisation ne dispensait pas son détenteur de respecter les formalités administratives applicables dans les différentes localités.
Autrement dit, l’affaire n’oppose plus simplement une équipe affirmant être autorisée à un gouvernement affirmant le contraire.
Elle porte désormais sur l’étendue juridique de cette autorisation et la manière dont elle a été utilisée sur le terrain.
Les trois hommes contestent les accusations
Gaël Mocaër, Sebastian Perez Pezzani et Fred Vedomey contestent les faits qui leur sont reprochés.
Leur avocat affirme qu’ils ne reconnaissent aucune des infractions invoquées par les autorités.
Selon le CPJ, l’équipe cherchait à réaliser un documentaire de voyage et d’aventure destiné à Les Routes de l’impossible, produit par Tony Comiti Productions et diffusé sur France 5.
La défense soutient notamment qu’une autorisation avait effectivement été délivrée et que le dépassement du périmètre prévu n’aurait pas été intentionnel.
Cette question pourrait devenir déterminante lors des prochaines étapes de la procédure.
La pression augmente aussi au sein de la presse togolaise
La mobilisation n’est désormais plus uniquement internationale.
Le Patronat de la Presse Togolaise (PPT) et Truth Reporting Post (TRP) ont eux-mêmes dénoncé une mesure qu’ils considèrent comme inappropriée et réclamé la libération immédiate des trois professionnels.
Cette prise de position est politiquement importante.
Elle signifie que les critiques concernant la gestion de l’affaire ne proviennent plus seulement de RSF, du CPJ ou d’organisations françaises.
Une partie du paysage médiatique togolais demande également aux autorités de revoir leur position.
Nouvelle mobilisation en France le 25 août
La pression s’est encore renforcée ce 25 août 2026.
La Société civile des auteurs multimédia (LaScam), dont Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani sont membres, a publiquement demandé leur « relâche immédiate », ainsi que celle de Fred Vedomey.
L’organisation qualifie leur détention d’« incompréhensible » et d’« inadmissible ».
Cette nouvelle intervention ajoute une voix importante du secteur audiovisuel français aux appels déjà lancés par RSF, le CPJ et les syndicats de journalistes.
Alors que Gaël Mocaër et Fred Vedomey approchent désormais d’un mois de privation de liberté depuis leur arrestation du 27 juillet, la question de la durée de la procédure devient de plus en plus sensible.
Et la France ?
Paris suit officiellement la situation de ses deux ressortissants.
Mais jusqu’à présent, la diplomatie française privilégie une approche relativement discrète.
Cette prudence peut s’expliquer par la volonté de ne pas transformer une procédure judiciaire en confrontation diplomatique ouverte avec Lomé.
L’affaire intervient en effet dans une période où les relations entre le Togo et la France sont déjà moins fluides qu’auparavant.
La suspension de RFI et France 24 au Togo, les débats sur le traitement médiatique de la situation politique togolaise et la diversification des partenariats diplomatiques et sécuritaires de Lomé constituent l’arrière-plan de cette crise.
Il faut cependant éviter d’en déduire que l’arrestation des deux Français est nécessairement le résultat de ces tensions.
Aucune preuve publique ne permet pour l’heure d’établir un tel lien.
Ferdinand Ayité : toujours aucune confirmation du scénario d’échange
Au début de l’affaire, le journal togolais L’Alternative avait avancé une hypothèse beaucoup plus politique.
Selon le média, la détention des Français pourrait être utilisée par Lomé pour faire pression sur Paris au sujet du journaliste togolais Ferdinand Ayité, installé en France et figure très critique du pouvoir.
À ce jour, toutefois, aucune source officielle ou indépendante suffisamment solide n’a confirmé l’existence d’une demande d’échange, d’une négociation ou d’un marchandage concernant Ferdinand Ayité.
Cet élément doit donc continuer à être présenté comme une hypothèse attribuée à L’Alternative, et non comme un fait établi.
Une affaire désormais à deux vitesses
La décision prise concernant Sebastian Perez Pezzani modifie profondément la lecture du dossier.
Trois hommes avaient été arrêtés ensemble.
Ils étaient poursuivis dans la même affaire.
Mais désormais, l’un d’eux se trouve hors détention pour raisons médicales, tandis que deux autres restent privés de liberté.
Cette différence de traitement risque d’accroître la pression sur les autorités togolaises.
Si l’état de l’enquête permet une remise en liberté provisoire de Sebastian Perez Pezzani, les défenseurs de Gaël Mocaër et Fred Vedomey demanderont inévitablement pourquoi des mesures comparables ne pourraient pas leur être accordées.
C’est probablement sur cette question que va désormais se concentrer la bataille judiciaire.
Une échéance décisive attendue
La prochaine étape importante sera la nouvelle comparution annoncée dans le cadre de l’information judiciaire.
Elle permettra peut-être de savoir si le juge togolais considère avoir réuni suffisamment d’éléments pour poursuivre durablement la procédure ou si des mesures d’assouplissement peuvent être accordées.
Pour Gaël Mocaër et Fred Vedomey, l’enjeu immédiat est clair : obtenir à leur tour une remise en liberté provisoire.
Pour Sebastian Perez Pezzani, il s’agit désormais d’obtenir la levée des restrictions qui l’empêchent de quitter le territoire togolais.
Et pour Lomé, la question est de démontrer que les infractions invoquées justifient réellement l’ampleur des mesures prises depuis le 27 juillet.
Près d’un mois après l’arrestation de l’équipe de Les Routes de l’impossible, l’affaire reste donc loin d’être terminée.
Mais elle a changé de nature.
Ce qui avait commencé comme un incident entouré de soupçons d’espionnage est désormais devenu un dossier judiciaire très suivi, au croisement de la sécurité nationale, de la liberté de la presse et des relations entre le Togo et la France.
Rebondissement dans l’affaire des reporters français, Sebastian Perez Pezzani placé en résidence surveillée
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