Afrique : le vrai classement des coups d’État depuis les indépendances — quand les putschs militaires ne racontent que la moitié de l’histoire
Du Burkina Faso au Soudan, l’Afrique détient une longue histoire de prises de pouvoir militaires. Mais derrière les chars, les arrestations de présidents et les proclamations des juntes existe une autre forme de rupture politique, beaucoup moins spectaculaire : modification des Constitutions, suppression des limites de mandat, refus de reconnaître une défaite électorale ou contournement des règles de succession. OGANews a choisi de regarder les deux phénomènes séparément. Le résultat bouleverse la lecture traditionnelle des coups d’État sur le continent.
Le Burkina Faso, champion des coups réussis ; le Soudan, champion des tentatives
Lorsqu'on parle de coups d'État en Afrique, deux pays se distinguent immédiatement, mais pour des raisons différentes.
Le Burkina Faso détient le record du nombre de coups d'État réussis dans la base historique Powell-Thyne : neuf prises de pouvoir réussies sur dix tentatives comptabilisées dans la série de référence utilisée jusqu'en 2023.
Le Soudan, lui, détient le record du nombre total de tentatives : 18 événements, dont six couronnés de succès dans la compilation historique. Une de ces tentatives remonte cependant à 1955, avant l'indépendance officielle du Soudan en janvier 1956 ; elle doit donc être retranchée lorsque l'on applique strictement le critère « depuis l'indépendance ».
Le Nigeria et le Bénin suivent avec chacun six coups réussis dans la série historique. Le Burundi, le Ghana, le Mali, la Mauritanie, le Niger et la Sierra Leone en comptent cinq.
La base de Jonathan Powell et Clayton Thyne considère comme coup d'État une tentative « illégale et ouverte » menée par des militaires ou d'autres acteurs de l'appareil d'État pour évincer l'exécutif. Une tentative est considérée comme réussie lorsque les auteurs ou leurs représentants contrôlent le pouvoir pendant au moins sept jours. La base continue d'être actualisée et sa version disponible en juillet 2026 intègre les développements les plus récents.
Le classement historique des pays africains les plus touchés
Les chiffres ci-dessous donnent le socle historique permettant de comparer les pays. Ils distinguent les coups réussis de l'ensemble des tentatives.
| Rang indicatif | Pays | Coups réussis | Tentatives totales historiques |
|---|---|---|---|
| 1 | 🇸🇩 Soudan | 6 | 18* |
| 2 | 🇧🇮 Burundi | 5 | 11 |
| 3 | 🇧🇫 Burkina Faso | 9 | 10 |
| 3 | 🇬🇭 Ghana | 5 | 10 |
| 3 | 🇸🇱 Sierra Leone | 5 | 10 |
| 6 | 🇰🇲 Comores | 4 | 9 |
| 6 | 🇬🇼 Guinée-Bissau | 4** | 9** |
| 8 | 🇧🇯 Bénin | 6 | 8 |
| 8 | 🇳🇬 Nigeria | 6 | 8 |
| 8 | 🇲🇱 Mali | 5 | 8 |
| 8 | 🇳🇪 Niger | 5 | 8 |
| 12 | 🇹🇩 Tchad | 2 | 7 |
| 12 | 🇲🇷 Mauritanie | 5 | 7 |
| 12 | 🇨🇬 Congo-Brazzaville | 2 | 7 |
| 12 | 🇹🇬 Togo | 3 | 7 |
| 16 | 🇬🇳 Guinée | 3 | 6 |
| 17 | 🇪🇹 Éthiopie | 2 | 5 |
| 17 | 🇨🇫 Centrafrique | 3 | 5 |
| 17 | 🇺🇬 Ouganda | 3 | 5 |
| 20 | 🇪🇬 Égypte | 4 | 4 |
| 20 | 🇨🇩 RDC | 2 | 4 |
| 20 | 🇩🇿 Algérie | 2 | 4 |
| 20 | 🇱🇸 Lesotho | 3 | 4 |
| 20 | 🇱🇷 Liberia | 1 | 4 |
| 20 | 🇨🇮 Côte d'Ivoire | 1 | 4 |
* La série Powell-Thyne commence en 1950 ; une tentative soudanaise de 1955 précède l'indépendance de 1956 et doit être écartée dans un classement strictement post-indépendance.
** Le tableau historique de référence publié à partir des données Powell-Thyne précédait le nouveau coup de novembre 2025 en Guinée-Bissau. Celui-ci augmente donc désormais le bilan du pays.
Les données historiques utilisées par Voice of America à partir de Powell-Thyne placent ainsi le Soudan à 18 tentatives, le Burkina Faso à neuf coups réussis sur dix tentatives, le Nigeria à six sur huit, le Burundi à cinq sur onze et le Ghana et la Sierra Leone à cinq sur dix.
Attention : 2025 a encore modifié la carte
Un classement publié aujourd'hui ne peut plus s'arrêter à 2023.
Le 26 novembre 2025, les militaires ont pris le pouvoir en Guinée-Bissau, interrompant le processus électoral et arrêtant le président Umaro Sissoco Embaló ainsi que plusieurs responsables politiques. L'Union africaine a explicitement condamné l'événement comme un coup d'État militaire.
À Madagascar, les forces armées ont pris le contrôle du pouvoir le 14 octobre 2025, après une vague de manifestations. Le colonel Michael Randrianirina a ensuite prêté serment comme président. La Commission africaine des droits de l'homme et des peuples a confirmé la prise de contrôle par les forces armées et appelé au rétablissement de l'ordre constitutionnel.
Le Bénin, qui possède déjà l'un des historiques de putschs les plus lourds du continent, a également subi une nouvelle tentative militaire le 7 décembre 2025. L'Union africaine l'a officiellement qualifiée de tentative de coup d'État militaire.
L'histoire africaine des coups d'État ne s'est donc pas refermée avec les juntes sahéliennes.
Mais qu'en est-il des coups d'État sans soldats dans les rues ?
C'est ici que le classement devient beaucoup plus révélateur.
Un président peut perdre son pouvoir lorsqu'un colonel apparaît à la télévision entouré de soldats.
Mais un président peut aussi empêcher l'alternance sans déployer un seul char devant le palais.
Modification de la Constitution.
Suppression du nombre maximal de mandats.
Remise à zéro du compteur présidentiel grâce à une « nouvelle République ».
Modification de la limite d'âge.
Refus de remettre le pouvoir après une défaite électorale.
Neutralisation des institutions chargées de contrôler l'exécutif.
Ces pratiques sont souvent désignées par les expressions « coup d'État constitutionnel », « coup institutionnel » ou « coup civil ».
Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, cette notion ne relève pas uniquement du vocabulaire de l'opposition politique.
Ce que dit précisément l'Union africaine
L'article 23 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance définit plusieurs façons d'accéder ou de se maintenir illégalement au pouvoir.
Il mentionne notamment :
- les coups d'État contre un gouvernement démocratiquement élu ;
- le remplacement d'un gouvernement par des mercenaires ;
- le remplacement d'un gouvernement par des rebelles ou dissidents armés ;
- le refus d'un gouvernement sortant de remettre le pouvoir au vainqueur d'élections libres et régulières ;
- et surtout toute modification de la Constitution ou des instruments juridiques portant atteinte aux principes de l'alternance démocratique.
Cette cinquième catégorie change profondément la manière de regarder l'histoire politique africaine.
24 tentatives de prolongation constitutionnelle en vingt ans
L'Institute for Security Studies a étudié les modifications constitutionnelles africaines intervenues entre 2002 et 2023 dans le but de prolonger l'exercice du pouvoir.
Résultat : 24 tentatives identifiées, dont 19 réussies.
Soit un taux de réussite proche de 78 %.
Deux grandes méthodes ressortent.
La première consiste à modifier le nombre ou la durée des mandats, puis à affirmer que la nouvelle Constitution remet le compteur à zéro.
La seconde consiste à supprimer purement et simplement les limites de mandats ou les limites d'âge.
L'ISS estime que ces pratiques peuvent contourner l'esprit de la Constitution et s'inscrire dans la problématique des « coups constitutionnels » visée par les normes de l'Union africaine.
Les pays dont le classement change lorsque l'on regarde la Constitution
C'est ici que la comparaison devient saisissante.
🇨🇲 Cameroun : presque aucun putsch, mais une règle fondamentale supprimée
Dans un classement exclusivement militaire, le Cameroun apparaît très loin derrière le Burkina Faso, le Soudan ou le Nigeria.
Mais en 2008, la Constitution a été modifiée afin de supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels.
Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, a ainsi pu continuer à se présenter.
Autrement dit : le Cameroun apparaît relativement stable lorsqu'on mesure la fréquence des coups militaires, mais beaucoup moins lorsqu'on mesure la protection institutionnelle de l'alternance.
🇺🇬 Ouganda : deux verrous successivement retirés
L'Ouganda offre l'un des exemples les plus frappants.
Sous Yoweri Museveni, les limites de mandat ont été supprimées en 2005.
Puis, en 2017, c'est la limite d'âge présidentielle qui a été retirée.
L'effet cumulé a permis au président, arrivé au pouvoir en 1986, de continuer à briguer la magistrature suprême.
🇬🇳 Guinée : le troisième mandat avant les militaires
Alpha Condé est élu en 2010 puis réélu en 2015.
La Constitution limitait la présidence à deux mandats.
En 2020, une nouvelle Constitution lui permet de se présenter une troisième fois au nom d'un nouveau cycle institutionnel.
Le scrutin est profondément contesté.
Moins d'un an plus tard, le 5 septembre 2021, les militaires dirigés par Mamadi Doumbouya renversent Alpha Condé.
L'ISS établit précisément un lien entre cette révision constitutionnelle contestée et la crise ayant précédé le putsch.
La Guinée illustre ainsi de manière presque parfaite la relation entre coup constitutionnel allégué et coup militaire réel.
🇨🇬 Congo-Brazzaville : changer de Constitution pour repartir ?
En 2015, Denis Sassou-Nguesso était confronté aux limitations inscrites dans la Constitution.
Un référendum conduit à l'adoption d'une nouvelle Constitution modifiant notamment les conditions de candidature.
Le président peut alors continuer à se présenter.
C'est l'un des cas régulièrement utilisés dans les études africaines consacrées au contournement des limites présidentielles.
🇷🇼 Rwanda : l'exception Kagame
Le référendum constitutionnel de 2015 a ouvert la possibilité à Paul Kagame de briguer un nouveau mandat et a créé un dispositif lui permettant potentiellement de rester au pouvoir bien au-delà de l'ancienne échéance constitutionnelle.
Légal au regard des nouvelles dispositions adoptées par référendum, le mécanisme soulève néanmoins la question fondamentale qui traverse tout ce dossier :
Une modification constitutionnelle devient-elle antidémocratique lorsqu'elle est précisément conçue pour permettre au titulaire du pouvoir de rester en place ?
C'est exactement le problème posé par l'article 23 de la Charte africaine.
🇧🇮 Burundi : le troisième mandat qui a embrasé le pays
En 2015, Pierre Nkurunziza décide de briguer un troisième mandat.
Ses partisans soutiennent que son premier mandat, issu d'une élection par le Parlement plutôt que du suffrage universel direct, ne devait pas être comptabilisé.
Ses opposants considèrent au contraire cette candidature comme une violation de l'esprit et de la lettre des accords ayant organisé la transition politique du pays.
La crise provoque manifestations, violences, tentative de coup d'État et répression.
🇨🇮 Côte d'Ivoire : deux crises constitutionnelles de nature différente
Le cas ivoirien mérite une catégorie particulière.
En 2010, Laurent Gbagbo refuse initialement de céder le pouvoir après la victoire électorale reconnue d'Alassane Ouattara.
Or l'article 23 de la Charte africaine considère expressément le refus de transférer le pouvoir au vainqueur d'une élection libre et régulière comme un changement anticonstitutionnel de gouvernement.
Dix ans plus tard apparaît une autre controverse.
Alassane Ouattara, élu en 2010 puis en 2015, se présente en 2020 à un nouveau mandat en soutenant que la Constitution de 2016 a créé un nouvel ordre constitutionnel et remis le compteur à zéro.
L'ISS a classé les ambitions de troisième mandat de Ouattara et d'Alpha Condé parmi les cas posant directement la question de la manipulation constitutionnelle de l'alternance.
Il faut cependant conserver une distinction importante : la candidature d'Ouattara avait reçu l'aval du Conseil constitutionnel ivoirien. La qualification de « coup constitutionnel » reste donc politiquement et juridiquement disputée.
🇹🇬 Le Togo, cas d'école de notre classement élargi
Le Togo mérite probablement l'un des plus gros encadrés de ce dossier.
Il cumule en effet histoire militaire et batailles constitutionnelles autour de l'alternance.
La base historique comptabilise trois coups réussis parmi sept tentatives ou événements classés comme coups.
Mais l'histoire institutionnelle récente est encore plus révélatrice.
En 2002, la limitation du nombre de mandats présidentiels est supprimée.
Elle est finalement réintroduite en 2019, mais sans rétroactivité : les mandats précédemment exercés ne sont pas pris en compte.
Puis survient la réforme constitutionnelle de 2024, faisant passer le Togo d'un régime présidentiel à un système parlementaire.
La nouvelle architecture transfère une grande partie du pouvoir exécutif au président du Conseil.
Des responsables de l'opposition et de la société civile ont qualifié cette réforme de « coup d'État constitutionnel ».
L'ISS rapporte cette qualification et souligne les tensions qu'elle provoque, tout en ne la présentant pas comme une qualification juridique définitivement établie.
Voilà exactement pourquoi OGANews ne doit pas mettre tous les événements dans le même sac.
Une accusation de coup constitutionnel doit être distinguée d'une qualification établie par une organisation régionale ou par un ensemble convergent de travaux indépendants.
🇹🇩 Tchad : lorsque la succession devient militaire
La mort d'Idriss Déby Itno en avril 2021 pose un autre problème.
Il ne s'agit pas du scénario classique dans lequel des militaires renversent un président.
Le président meurt au pouvoir.
Mais au lieu d'une succession suivant la procédure constitutionnelle prévue, un Conseil militaire de transition dirigé par son fils, Mahamat Idriss Déby, prend la direction du pays.
Nous sommes ici à la frontière entre succession extraconstitutionnelle, intervention militaire et continuité dynastique.
Ce type de cas justifie justement une catégorie distincte dans notre classement : rupture institutionnelle de succession.
Le paradoxe du Ghana
Le Ghana démontre pourquoi il serait trompeur de juger uniquement un pays sur son histoire ancienne.
Avec cinq coups réussis et dix tentatives ou coups recensés historiquement, le Ghana fait partie des pays les plus touchés du continent.
Pourtant, depuis le retour à l'ordre constitutionnel en 1992, il s'est progressivement transformé en l'un des exemples africains les plus remarqués d'alternance électorale.
Le Nigeria offre une trajectoire comparable.
Six de ses huit tentatives historiques ont réussi.
Mais depuis le retour au pouvoir civil en 1999, les transitions présidentielles ont lieu dans un cadre électoral.
Cela signifie qu'un classement historique des coups d'État ne constitue pas automatiquement un classement de la démocratie africaine actuelle.
Et le paradoxe inverse du Cameroun
Le Cameroun illustre exactement l'autre côté de l'équation.
Très peu de coups militaires.
Une stabilité institutionnelle extérieure remarquable.
Mais un même président au pouvoir depuis 1982 et une limitation présidentielle supprimée en 2008.
Le Ghana peut donc être historiquement beaucoup plus « putschiste » que le Cameroun tout en ayant aujourd'hui une pratique de l'alternance beaucoup plus développée.
Voilà pourquoi les seuls chars ne suffisent pas pour mesurer la solidité constitutionnelle d'un État.
OGANews propose donc deux classements, et non un faux total
Additionner neuf putschs militaires et deux modifications constitutionnelles pour annoncer « onze coups d'État » serait spectaculaire.
Mais ce serait méthodologiquement contestable.
OGANews retient donc deux indicateurs distincts.
1. Classement des coups d'État classiques
Il mesure :
CR — coups réussis
CE — coups échoués
Il répond à la question :
Quels États africains ont connu le plus de tentatives de prise du pouvoir par la force depuis leur indépendance ?
2. Tableau des ruptures de l'alternance
Il mesure séparément :
CC — contournement constitutionnel documenté
RE — refus de céder le pouvoir après une élection
SI — succession institutionnelle extraconstitutionnelle
Il répond à une autre question :
Dans quels pays les règles constitutionnelles destinées à garantir l'alternance ont-elles été supprimées, modifiées ou contournées ?
Cette distinction permet de comparer sans mettre artificiellement sur le même plan un putsch sanglant et une révision constitutionnelle votée par un Parlement.
Pourquoi le phénomène est particulièrement important en Afrique de l'Ouest
L'Afrique de l'Ouest concentre une part considérable de l'histoire récente des coups.
Depuis 2020, Mali, Guinée, Burkina Faso et Niger ont connu des changements anticonstitutionnels de gouvernement, tandis que d'autres États de la région ont subi tentatives de coup, crises électorales ou fortes controverses constitutionnelles.
L'ISS comptabilisait déjà en Afrique de l'Ouest onze tentatives de prolongation présidentielle dans sept pays depuis le début des années 2000, touchant notamment le Burkina Faso, le Togo, le Bénin, la Guinée, la Côte d'Ivoire, le Sénégal et la Gambie.
Le phénomène militaire et le phénomène constitutionnel ne sont donc pas deux histoires totalement séparées.
Ils peuvent se nourrir l'un l'autre.
Quand le coup constitutionnel prépare le terrain au coup militaire
C'est peut-être la conclusion la plus importante de toute cette enquête.
Lorsqu'un gouvernement modifie les règles lui permettant de rester au pouvoir, une partie de la population peut commencer à considérer que l'ordre constitutionnel a déjà été vidé de sa substance.
Dans ce contexte, certains militaires peuvent présenter leur intervention non plus comme une attaque contre la démocratie, mais comme une prétendue « restauration » de l'ordre.
C'est un argument particulièrement dangereux.
L'ISS souligne précisément que les manipulations constitutionnelles peuvent contribuer à créer un environnement favorable aux ruptures militaires.
La Guinée offre un exemple frappant : nouvelle Constitution, troisième mandat contesté d'Alpha Condé, puis renversement militaire moins d'un an plus tard.
Mais cela ne rend pas le putsch démocratique.
Une violation de l'esprit de la Constitution par un gouvernement civil ne donne pas automatiquement à l'armée une légitimité pour prendre le pouvoir.
Plus de cent coups réussis en Afrique
À l'échelle continentale, le phénomène demeure considérable.
L'ISS comptabilisait en 2023 100 coups d'État réussis dans 35 pays africains depuis le début de la période étudiée, avant les nouveaux renversements intervenus depuis.
Les données Powell-Thyne montrent également que l'Afrique représente une part exceptionnellement élevée de l'ensemble des coups recensés dans le monde depuis 1950.
Ce poids historique explique pourquoi chaque nouvelle intervention militaire au Sahel, en Afrique centrale ou ailleurs réveille immédiatement la crainte d'un retour aux décennies où le putsch constituait presque un mode ordinaire de succession politique.
Le classement révèle finalement trois Afriques politiques
La première est celle des pays historiquement frappés par les putschs mais qui ont réussi à construire une alternance relativement solide.
Ghana et, dans une certaine mesure, Nigeria appartiennent à cette catégorie.
La deuxième regroupe les États où l'armée continue de jouer directement un rôle central dans la conquête et l'exercice du pouvoir.
Burkina Faso, Mali, Niger, Soudan, Guinée, Guinée-Bissau ou encore Madagascar illustrent différentes variantes de cette réalité.
La troisième est beaucoup plus discrète.
Ce sont les pays qui connaissent relativement peu de renversements militaires mais où les règles constitutionnelles ont parfois été remodelées pour prolonger le pouvoir en place.
Cameroun, Ouganda, Rwanda, Congo-Brazzaville, Djibouti et plusieurs autres États apparaissent alors sous une lumière différente.
Conclusion : le coup d'État ne porte pas toujours un uniforme
Les coups militaires restent les ruptures de pouvoir les plus visibles.
Les soldats occupent la télévision.
Les frontières sont fermées.
La Constitution est suspendue.
Le président est arrêté.
Mais une démocratie peut également être progressivement vidée de son principe d'alternance sans qu'un seul blindé ne sorte d'une caserne.
C'est précisément pour cette raison que l'Union africaine a choisi une définition plus large du changement anticonstitutionnel de gouvernement.
L'histoire politique africaine ne se résume donc pas à compter les juntes.
Elle impose aussi de regarder qui écrit les règles, qui les modifie, à quel moment, au bénéfice de qui et si ces modifications permettent encore une véritable alternance.
Selon le critère choisi, deux pays détiennent aujourd'hui les records les plus spectaculaires de l'histoire des putschs africains :
le Burkina Faso pour le nombre de coups réussis ;
le Soudan pour le nombre de tentatives recensées dans la série historique.
Mais lorsque l'on ajoute à l'analyse la question constitutionnelle, le classement change de nature.
Et certains pays presque absents de l'histoire des putschs réapparaissent au centre du débat.
C'est peut-être là que se trouve la véritable leçon de ce classement :
en Afrique, le pouvoir n'est pas seulement renversé par les armes. Il peut aussi être verrouillé par les textes.
Méthodologie OGANews
Le classement des coups et tentatives repose principalement sur la base de Jonathan Powell et Clayton Thyne, qui recense les tentatives de coups depuis 1950 et continue d'être actualisée.
OGANews distingue cependant les événements antérieurs à l'indépendance lorsqu'ils apparaissent dans cette série.
Les « coups constitutionnels » ne sont volontairement pas additionnés numériquement aux putschs militaires. Ils sont analysés dans une catégorie distincte à partir de l'article 23 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, des travaux de l'Institute for Security Studies et d'autres sources institutionnelles ou universitaires.
Une modification constitutionnelle n'est donc pas automatiquement considérée comme un coup d'État.
La qualification dépend notamment de son effet sur l'alternance démocratique, de son contexte et de la convergence des sources.
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