Zambie : les tribunaux ferment le dernier jour prévu pour contester la réélection de Hichilema

La tension politique monte en Zambie après la fermeture, ce lundi 24 août, de plusieurs hautes juridictions du pays, dont la Cour constitutionnelle. La décision intervient précisément au dernier jour du délai prévu pour déposer un recours contre les résultats de l’élection présidentielle du 13 août. L’opposant Brian Mundubile, qui conteste la réélection du président Hakainde Hichilema, avait annoncé son intention de saisir la justice.

Aoû 24, 2026 - 13:53
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Zambie : les tribunaux ferment le dernier jour prévu pour contester la réélection de Hichilema

La Zambie s’est réveillée ce lundi dans une atmosphère politique particulièrement tendue.

Plusieurs des principales juridictions du pays, notamment la Cour constitutionnelle, ont fermé leurs portes pour la journée en invoquant des raisons de sécurité, alors que l’opposition tentait de déposer un recours contestant la réélection du président Hakainde Hichilema.

La date est particulièrement sensible.

Selon Reuters, ce lundi 24 août correspond au dernier jour prévu pour introduire une contestation judiciaire des résultats de la présidentielle du 13 août.

Un mémorandum du pouvoir judiciaire a demandé aux employés concernés de rester chez eux. Des policiers ont été déployés autour des bâtiments judiciaires à Lusaka.

Dans ce contexte, l’opposition cherche désormais à savoir si elle pourra malgré tout enregistrer son recours dans les délais.

Hichilema réélu avec environ 60 % des voix

Le président Hakainde Hichilema a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle avec environ 60 % des suffrages.

Son principal adversaire, Brian Mundubile, a obtenu environ 38 % des voix.

Cette victoire offre à Hichilema un deuxième mandat à la tête de la Zambie.

Le chef de l’État était arrivé au pouvoir en 2021 après avoir battu Edgar Lungu, dans une alternance qui avait alors renforcé l’image de la Zambie comme l’une des démocraties les plus stables d’Afrique australe.

Mais le scrutin de 2026 a été nettement plus tendu.

Des incidents ont perturbé le dépouillement, notamment des attaques contre des agents électoraux et des vols de matériel ou de bulletins dans certaines zones. La Commission électorale avait même temporairement suspendu le comptage avant de reprendre ses opérations.

Brian Mundubile refuse les résultats

Brian Mundubile conteste le résultat officiel et affirme que des irrégularités ont affecté le processus électoral.

Il avait annoncé son intention de saisir la justice pour demander l’examen des résultats.

L’opposition devait donc déposer sa requête dans le délai légal prévu après la proclamation officielle.

La fermeture des juridictions ce lundi intervient ainsi à un moment particulièrement délicat.

Reuters rapporte que des avocats et responsables de l’opposition s’inquiètent de la possibilité que cette fermeture empêche matériellement l’enregistrement du recours avant l’expiration du délai.

D’autres partis d’opposition, notamment le New Heritage Party, tentaient également de trouver un moyen de déposer leurs documents.

Les autorités judiciaires ont présenté la fermeture comme une mesure de sécurité.

À ce stade, aucune décision de justice n’a établi qu’elle avait pour objectif d’empêcher l’opposition d’exercer son droit de recours.

Des policiers autour des tribunaux de Lusaka

La présence policière importante autour des juridictions a cependant renforcé les interrogations.

Les bâtiments concernés étaient fermés et les employés avaient reçu l’instruction de ne pas venir travailler.

L’opposition affirme que cette situation rend particulièrement difficile l’exercice d’un droit prévu par la Constitution et la législation électorale.

Les prochaines heures devraient donc déterminer si un recours pourra être officiellement enregistré malgré la fermeture physique des juridictions.

Cette question pourrait devenir décisive.

Si aucun recours n’est considéré comme valablement déposé dans le délai prévu, la victoire de Hichilema pourrait devenir juridiquement beaucoup plus difficile à remettre en cause.

Une campagne déjà marquée par les tensions

La polémique autour des tribunaux intervient après plusieurs jours de fortes tensions entre les forces de sécurité et l’opposition.

Après l’élection, la police a arrêté onze personnes liées au camp de Mundubile lors d’une opération qui a également été marquée par des échanges de tirs.

Les autorités affirment avoir découvert des armes de qualité militaire et soupçonnent certaines personnes arrêtées d’être impliquées dans des activités menaçant la sécurité nationale.

L’opposition rejette ces accusations.

Brian Mundubile affirme que les personnes arrêtées étaient visées pour des raisons politiques et conteste toute préparation d’insurrection.

Lors de l’opération, l’ancien ministre Mutotwe Kafwaya a été tué.

Les circonstances précises de sa mort restent contestées.

Mundubile également convoqué par la police

La police zambienne a ensuite convoqué Brian Mundubile lui-même pour l’interroger à propos d’accusations liées à la sécurité nationale.

L’opposant, qui affirme craindre pour sa sécurité, s’est maintenu à l’écart des autorités.

Il qualifie les accusations portées contre son entourage de fabriquées.

Son colistier Makebi Zulu a également demandé une protection en invoquant le droit international, selon Reuters.

Le gouvernement n’a jusqu’à présent rendu publiques ni inculpation définitive contre Mundubile ni preuves détaillées permettant d’établir son implication personnelle dans une tentative d’insurrection.

L’ONU s’inquiète des arrestations

La situation a attiré l’attention internationale.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme s’est déclaré préoccupé par les arrestations de figures de l’opposition après le scrutin.

L’ONU a demandé aux autorités zambiennes de respecter les garanties judiciaires et de faire en sorte que les personnes arrêtées soient rapidement présentées devant une juridiction.

Ces préoccupations arrivent à un moment où la Zambie tente justement de préserver son image de démocratie relativement stable dans une région ayant connu plusieurs crises politiques et institutionnelles.

Les observateurs ont relevé des problèmes

L’élection du 13 août s’était déroulée globalement dans le calme dans une grande partie du pays, mais plusieurs observateurs avaient signalé des problèmes.

La mission d’observation de l’Union européenne avait notamment relevé certaines incertitudes juridiques et des conditions de campagne inégales, selon Associated Press.

Des observateurs indépendants cités par Reuters ont également estimé que le résultat officiel de Hichilema pourrait avoir été supérieur au résultat réel.

Ils considèrent toutefois que le président aurait probablement remporté l’élection même sans ces écarts présumés.

Hichilema et son camp rejettent les accusations d’irrégularités intentionnelles.

Hichilema promet de gouverner pour tous les Zambiens

Après l’annonce de sa victoire, Hakainde Hichilema a appelé au calme et promis de gouverner pour l’ensemble de la population, y compris les citoyens ayant voté pour l’opposition.

Son premier mandat avait été marqué par la restructuration de la dette zambienne après le défaut de paiement historique de 2020.

Le gouvernement a également obtenu des résultats économiques salués par plusieurs investisseurs et institutions financières internationales.

Mais les progrès macroéconomiques n’ont pas totalement éliminé les difficultés quotidiennes.

Le coût de la vie, les pénuries d’électricité et la pauvreté restent des sujets majeurs pour une grande partie de la population.

Ces difficultés avaient permis à Mundubile de réaliser une campagne plus compétitive que certains observateurs ne l’anticipaient.

La Zambie, un pays habitué aux alternances pacifiques

Depuis le rétablissement du multipartisme en 1991, la Zambie a organisé plusieurs changements de pouvoir par les urnes.

Le pays a notamment connu des alternances entre différents partis sans intervention durable de l’armée.

Hichilema lui-même avait passé plusieurs mois en prison en 2017 après avoir été accusé de trahison sous la présidence d’Edgar Lungu.

Lorsqu’il remporte finalement l’élection de 2021, son arrivée au pouvoir est saluée comme une nouvelle démonstration de la capacité du pays à organiser une alternance démocratique.

La crise actuelle est donc suivie avec attention, précisément parce qu’elle touche à cette réputation.

Une journée désormais décisive

La fermeture des tribunaux ne signifie pas automatiquement que l’opposition a perdu toute possibilité de recours.

Des avocats cherchent encore à déterminer quelles procédures peuvent permettre d’enregistrer une contestation malgré l’absence d’accès normal aux juridictions.

Il faudra également voir si la justice accepte éventuellement des dépôts effectués par d’autres moyens ou si un aménagement du délai est décidé en raison de la fermeture administrative.

Mais tant qu’aucune solution claire n’est annoncée, le calendrier reste extrêmement serré.

Pour Brian Mundubile, l’enjeu est immédiat : obtenir l’examen judiciaire de ses accusations avant que la victoire de Hichilema ne devienne définitivement incontestable par cette voie.

Pour le gouvernement et les institutions zambiennes, l’enjeu est tout aussi important.

Ils devront démontrer que la fermeture des tribunaux pour raisons de sécurité ne prive pas l’opposition de son droit légal de contester une élection.

Car au-delà du résultat du scrutin, c’est désormais la crédibilité du processus post-électoral qui est observée.

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