Route Lomé–Cotonou : le Togo lance l’audit final des indemnisations et réinstallations

Le gouvernement togolais engage l’audit d’achèvement du Plan d’action et de réinstallation lié à la deuxième phase du projet de réhabilitation de la route Lomé–Cotonou et de protection côtière. L’opération doit notamment vérifier les compensations accordées aux personnes affectées par les travaux, les mesures destinées aux populations vulnérables et, surtout, l’application des corrections demandées à la suite d’un précédent audit. Une étape décisive avant la clôture sociale de l’un des grands projets routiers reliant le Togo au Bénin.

Sep 05, 2026 - 15:14
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Route Lomé–Cotonou : le Togo lance l’audit final des indemnisations et réinstallations
Le tronçon Avépozo–Aného de la route Lomé–Cotonou a été aménagé dans le cadre du projet multinational Togo–Bénin. Le Togo engage désormais l'audit d'achèvement du Plan d'action et de réinstallation des populations affectées. Crédit : Banque africaine de développement.

e projet Lomé–Cotonou entre dans une nouvelle phase

Après les travaux routiers et les opérations de protection du littoral, place aux comptes sociaux.

Le Togo a lancé le processus de recrutement d’un consultant chargé de réaliser l’audit d’achèvement de la mise en œuvre du Plan d’action et de réinstallation (PAR) du projet multinational Bénin–Togo de réhabilitation de la route Lomé–Cotonou, phase 2, et de protection côtière.

L’avis à manifestation d’intérêt a été publié par la Banque africaine de développement (BAD) le 26 août 2026.

Derrière l’expression très administrative d’« audit d’achèvement » se trouve une question beaucoup plus concrète :

les personnes dont les terres, bâtiments, commerces ou activités ont été affectés par le projet ont-elles effectivement reçu les compensations et l’accompagnement qui leur étaient dus ?

C’est notamment ce que devra déterminer l’audit.

Il ne s’agit pas simplement de vérifier des paiements

Le Plan d’action et de réinstallation est un dispositif essentiel dans les grands projets d’infrastructures.

Lorsqu’une route est élargie, reconstruite ou réaménagée, les travaux peuvent affecter des habitations, commerces, terrains, cultures ou activités économiques.

Ces personnes sont généralement désignées dans les documents des projets par le sigle PAP : Personnes affectées par le projet.

Le PAR doit identifier les personnes concernées, évaluer les pertes provoquées par le projet et déterminer les compensations et mesures d’accompagnement nécessaires.

Dans le cas de Lomé–Cotonou, le nouvel audit devra donc aller au-delà de la simple question : « les indemnisations ont-elles été versées ? »

Selon l’avis officiel de la BAD, il devra évaluer globalement le niveau de mise en œuvre du PAR, son suivi et le respect des procédures prévues.

Il devra notamment examiner :

les mesures de compensation des personnes affectées ;

les mesures d’accompagnement ;

les dispositions destinées aux personnes vulnérables ;

et les autres engagements sociaux inscrits dans le plan.

Un détail important : il y avait déjà eu un audit

C’est probablement l’information la plus intéressante du dossier.

Le document de 2026 indique explicitement que le consultant devra examiner le niveau d’exécution du plan d’actions correctives issu de l’audit précédent du PAR.

Autrement dit, l’audit qui s’annonce n’est pas le premier.

En 2022 déjà, le gouvernement togolais avait lancé, avec le financement de la BAD, une procédure pour recruter un consultant chargé d’auditer la mise en œuvre du Plan d’action et de réinstallation.

À l’époque, la mission devait vérifier si les mesures prévues avaient été appliquées conformément aux conditions des financements, au système de sauvegardes de la Banque et à la réglementation togolaise.

Le nouvel audit de 2026 intervient donc à une étape différente.

Il s’agit désormais de déterminer non seulement si le PAR a été exécuté, mais également si les mesures correctives identifiées à la suite du précédent contrôle ont réellement été appliquées.

C’est une nuance importante.

Des corrections avaient donc été demandées

L’existence d’un « plan d’actions correctives » signifie que l'audit antérieur avait identifié des éléments nécessitant une intervention ou un suivi supplémentaire.

Mais il faut être prudent.

Les documents publics consultés par OGANews ne permettent pas, à ce stade, d’affirmer que ces corrections correspondaient nécessairement à des personnes non indemnisées.

Elles peuvent concerner différents aspects : procédures, documentation, accompagnement social, traitement des personnes vulnérables, suivi des compensations ou autres obligations prévues par le PAR.

Il serait donc prématuré d’écrire que « des populations n’ont pas été indemnisées ».

C’est précisément l’audit final qui doit permettre d’établir l’état réel d’exécution des engagements.

Une mission prévue pour 45 jours

La mission sera relativement courte.

Selon les informations disponibles, le consultant disposera de 45 jours calendaires pour accomplir son travail.

Le démarrage est envisagé en octobre 2026.

Le spécialiste sélectionné devra posséder une expérience importante dans les questions sociales et environnementales liées aux grands projets d’infrastructures.

Le gouvernement recherche notamment un professionnel de niveau Master ou équivalent disposant d’au moins dix années d’expérience.

L’expertise demandée montre que la mission n’est pas considérée comme une simple vérification comptable.

Elle porte directement sur les conséquences humaines du projet.

Pourquoi cet audit est important pour les populations

Dans les grands projets routiers, la réussite ne se mesure pas uniquement au nombre de kilomètres de bitume réalisés.

Pour une personne affectée, la question peut être beaucoup plus personnelle.

Un commerçant peut perdre son emplacement.

Une famille peut voir une partie de sa parcelle affectée.

Une activité économique peut être déplacée.

Une personne vulnérable peut avoir besoin d’un accompagnement supplémentaire pour retrouver ses moyens de subsistance.

La Banque mondiale identifiait d’ailleurs parmi les risques sociaux associés à la deuxième phase du projet le déplacement involontaire de personnes affectées, ainsi que les perturbations possibles d’activités de pêche, de mareyage et de maraîchage.

Parmi les mesures envisagées figuraient la mise en œuvre du PAR, la prise en compte des populations marginalisées, un mécanisme de gestion des plaintes et des activités alternatives génératrices de revenus.

L’audit de clôture doit donc permettre de vérifier ce qui s’est réellement passé entre les engagements inscrits dans les documents et leur application sur le terrain.

Un projet qui dépasse largement une simple route

La route Lomé–Cotonou constitue un axe stratégique entre le Togo et le Bénin.

Mais elle s’inscrit elle-même dans un ensemble beaucoup plus vaste : le corridor Abidjan–Lagos, l’un des principaux axes économiques et commerciaux d’Afrique de l’Ouest.

Ce corridor relie notamment la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigeria.

L’amélioration de la route doit donc contribuer à faciliter la circulation des personnes et des marchandises, réduire certains coûts de transport et améliorer les connexions entre les économies côtières de la région.

Le projet comporte également une dimension de protection côtière, particulièrement importante dans une zone du golfe de Guinée fortement exposée à l’érosion.

Plus de 132 millions d’unités de compte pour le projet

Selon la fiche actuellement publiée par la Banque africaine de développement, le projet multinational de réhabilitation de la route Lomé–Cotonou phase 2 et de protection côtière affiche un coût total de 132,746 millions d’unités de compte.

Le projet a été approuvé par la BAD en juin 2018.

La fiche de financement fait apparaître plusieurs sources, avec notamment une contribution du Fonds africain de développement, des cofinancements et une participation gouvernementale.

Il est donc important de ne pas confondre le coût global du projet multinational avec le seul coût des travaux réalisés sur le territoire togolais.

Le volet béninois possède lui aussi ses propres procédures sociales

La dimension sociale du projet ne concerne pas uniquement le Togo.

En 2024, la BAD avait également publié au Bénin un avis pour sélectionner un consultant chargé de réaliser l’audit de mise en œuvre du Plan d’action de réinstallation sur les sections Godomey–Pahou et Pahou–Ouidah.

La mission béninoise devait notamment contrôler les compensations accordées aux personnes affectées et vérifier leur conformité avec la réglementation nationale et les politiques de sauvegarde des bailleurs.

Cela rappelle la nature réellement multinationale de l’axe Lomé–Cotonou.

Chaque pays doit gérer les impacts sociaux des travaux réalisés sur son territoire, tout en participant à un corridor régional commun.

L’audit ne signifie pas encore que le dossier est clos

C’est une autre nuance importante.

L’annonce d’un audit d’achèvement ne signifie pas automatiquement que toutes les obligations envers les personnes affectées ont déjà été remplies.

C’est justement ce que l’auditeur doit vérifier.

Trois situations sont théoriquement possibles.

Il peut conclure que les engagements ont été correctement exécutés.

Il peut identifier quelques dossiers ou mesures restant à régulariser.

Ou il peut constater des écarts plus importants nécessitant de nouvelles actions correctives.

Il faudra donc attendre les conclusions de l’audit avant de parler de clôture définitive du volet social.

La question des plaintes sera particulièrement intéressante

Pour les populations concernées, l’un des enjeux essentiels sera de savoir si toutes les réclamations déposées ont été correctement traitées.

Les mécanismes de gestion des plaintes constituent normalement une composante importante des dispositifs de sauvegarde sociale.

Ils permettent aux personnes qui contestent une évaluation, une compensation ou leur statut de personne affectée de demander le réexamen de leur situation.

L’audit final devra donc permettre de déterminer si les procédures prévues ont effectivement fonctionné.

Et c’est probablement sur ce terrain que la transparence sera la plus importante.

Ce qu’il faudra surveiller dans les conclusions

Lorsque le rapport sera disponible, plusieurs informations mériteront une attention particulière.

D’abord, le nombre définitif de personnes affectées par le projet sur le territoire togolais.

Ensuite, le nombre de personnes effectivement indemnisées.

Il faudra également connaître le nombre de plaintes enregistrées, celles qui ont été résolues et celles qui pourraient éventuellement rester ouvertes.

Enfin, il sera important de savoir quelles anomalies avaient été identifiées lors du précédent audit et dans quelle mesure le plan d’actions correctives a été exécuté.

Ces données permettront de passer d’une communication administrative à une véritable évaluation de l’impact social du projet.

Une étape finale, mais surtout un test de transparence

Le lancement de l’audit d’achèvement constitue donc une étape importante du projet Lomé–Cotonou.

Pour le gouvernement togolais et ses partenaires financiers, il doit permettre de démontrer que les engagements pris envers les populations ont été respectés.

Pour la BAD, il s’agit également de vérifier la conformité du projet avec les exigences sociales attachées à son financement.

Mais pour les populations concernées, l’enjeu est beaucoup plus simple :

personne ne doit rester perdant au terme d’un projet réalisé au nom du développement collectif.

La route Lomé–Cotonou peut améliorer la circulation régionale, renforcer les échanges entre le Togo et le Bénin et participer à l’intégration du corridor Abidjan–Lagos.

Mais sa réussite ne pourra pas être évaluée uniquement à l’état de la chaussée.

Elle dépendra également de la manière dont auront été traitées les personnes qui ont supporté directement les conséquences des travaux.

L’audit annoncé pour les prochains mois devra précisément répondre à cette question.

Les infrastructures sont-elles achevées ? Peut-être. Mais les engagements envers toutes les personnes affectées le sont-ils également ?

C’est désormais ce que le Togo et la Banque africaine de développement veulent vérifier.

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