Guinée : pourquoi Mamadi Doumbouya a-t-il attendu près d’une semaine avant de se rendre à Dar-es-Salam ?

Le glissement de terrain meurtrier survenu à la décharge de Dar-es-Salam a fait au moins 30 morts à Conakry. Pourtant, Mamadi Doumbouya ne s’est rendu sur les lieux que le 29 août, près d’une semaine après la catastrophe. Un délai qui interroge, d’autant que le président guinéen avait effectué entre-temps plusieurs déplacements dans la capitale.

Aoû 29, 2026 - 18:15
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Guinée : pourquoi Mamadi Doumbouya a-t-il attendu près d’une semaine avant de se rendre à Dar-es-Salam ?
Décharge de Dar-es-Salam

Dans la nuit du 22 au 23 août 2026, une importante masse de déchets s’est effondrée sur des habitations situées à proximité de la décharge de Dar-es-Salam, dans la commune de Gbessia, à Conakry.

Le bilan officiel a rapidement pris une dimension nationale : au moins 30 morts, plusieurs blessés et de nombreuses familles sinistrées.

Mais alors que les secours étaient mobilisés et que les témoignages dramatiques se multipliaient, une question a progressivement commencé à circuler dans l’opinion publique guinéenne : où était Mamadi Doumbouya ?

Le chef de l’État ne s’est finalement rendu sur les lieux que le samedi 29 août, soit près d’une semaine après le drame.

Une visite tardive qui suscite des interrogations

Officiellement, la présidence explique que Mamadi Doumbouya avait déjà donné des instructions aux services de l’État et que sa visite devait notamment permettre de constater l’évolution des opérations sur le terrain.

Le président est arrivé accompagné de plusieurs responsables de l’État et a inspecté la zone sinistrée.

Mais aucune explication détaillée n’a, jusqu’ici, été fournie sur la raison pour laquelle il ne s’est pas rendu plus tôt auprès des victimes.

Ce silence laisse place aux interrogations.

Dans une catastrophe de cette ampleur, la présence du chef de l’État constitue généralement un signal politique fort : compassion envers les familles, mobilisation de l’administration, message d’unité nationale.

À Dar-es-Salam, ce geste est arrivé plusieurs jours après le drame.

Doumbouya était pourtant présent à Conakry

Un élément rend ce délai encore plus difficile à comprendre.

Mamadi Doumbouya n’était pas absent de la capitale pendant toute cette période.

Le 26 août, soit trois jours après le drame, le président avait effectué plusieurs déplacements à Conakry.

Il s’était notamment rendu à l’hôpital Ignace Deen, à Coronthie, à la Cité Chemin de Fer ainsi qu’au camp Almamy Samory Touré.

Autrement dit, le chef de l’État était en activité et effectuait des visites de terrain dans la capitale pendant que les secours poursuivaient leurs opérations à Dar-es-Salam.

C’est précisément cet élément qui alimente aujourd’hui les questions.

Pourquoi Dar-es-Salam n’a-t-il pas été placé immédiatement au centre de l’agenda présidentiel ?

À ce stade, aucune réponse officielle précise ne permet de trancher.

Les critiques avaient commencé à monter

Pendant les jours suivant l’effondrement, plusieurs médias guinéens ont relevé la discrétion du président sur la catastrophe.

Dans le même temps, des sinistrés ont commencé à interpeller publiquement les autorités.

Le 29 août, le jour même de la visite présidentielle, des victimes ont lancé un message particulièrement fort : « Nous ne sommes pas des statistiques ».

Elles réclamaient notamment davantage d’assistance, de considération et des solutions concrètes pour les familles touchées.

Cette montée de la pression sociale pose inévitablement une autre question : la visite présidentielle a-t-elle aussi été organisée pour répondre à ces critiques ?

Il est impossible de l’affirmer sans élément officiel.

Mais la proximité entre les protestations des sinistrés et l’arrivée du chef de l’État sur le terrain nourrit cette lecture.

Une catastrophe annoncée ?

Le malaise autour de Dar-es-Salam ne concerne pas uniquement la réaction du président.

Il porte également sur la gestion du site lui-même.

Quelques jours avant l’effondrement, les autorités avaient annoncé des travaux de sécurisation et de libération des emprises autour de la décharge.

L’objectif était précisément de réduire les risques pour les populations vivant dans les zones les plus exposées.

Selon plusieurs informations disponibles, la fermeture de la décharge était même envisagée autour du 23 août.

La catastrophe s’est donc produite au moment où l’État savait déjà que la situation représentait un danger.

Cette chronologie pose une question autrement plus grave : le drame aurait-il pu être évité si les mesures avaient été prises plus tôt ?

Après le drame, le pouvoir annonce la fin de la décharge

Lors de la visite présidentielle du 29 août, les autorités ont annoncé leur intention de faire disparaître la décharge de Dar-es-Salam.

Le projet prévoit l’évacuation progressive des déchets et la transformation du site en parc urbain.

Cette décision marque potentiellement un tournant pour cette partie de Conakry.

Mais elle ouvre également une série de nouveaux problèmes.

Où seront désormais acheminés les déchets de la capitale ?

Que deviendront les familles vivant encore autour du site ?

Quelles solutions de relogement seront proposées aux personnes déplacées ?

Et surtout, pourquoi a-t-il fallu une catastrophe faisant des dizaines de morts pour accélérer une décision déjà envisagée ?

Le précédent de 2017

Dar-es-Salam n’était pourtant pas considéré comme un site sans danger.

En 2017 déjà, un effondrement de déchets avait provoqué plusieurs morts dans cette même zone.

Neuf ans plus tard, la capitale guinéenne vient de connaître une nouvelle catastrophe, beaucoup plus meurtrière.

La répétition de tels drames pose désormais la question de la responsabilité de l’État dans l’aménagement urbain de Conakry.

La capitale s’est développée rapidement, souvent sans que les infrastructures suivent au même rythme.

De nombreuses familles continuent de vivre dans des zones exposées aux inondations, aux glissements de terrain ou à la proximité immédiate de dépôts de déchets.

Dar-es-Salam apparaît aujourd’hui comme l’un des symboles les plus violents de cette urbanisation mal maîtrisée.

Une visite qui ne clôt pas les questions

En se rendant finalement à Dar-es-Salam, Mamadi Doumbouya a voulu montrer que l’État reprenait la main.

La disparition annoncée de la décharge et sa transformation en parc urbain constituent des mesures fortes.

Mais elles ne répondent pas encore à toutes les interrogations.

Pourquoi la sécurisation du site n’a-t-elle pas été menée plus tôt ?

Pourquoi le président a-t-il attendu près d’une semaine avant de venir auprès des victimes ?

Pourquoi avait-il effectué d’autres visites à Conakry avant celle de Dar-es-Salam ?

Et quelles responsabilités seront établies après une catastrophe dont le risque était déjà connu ?

À ce jour, il n’existe aucune preuve permettant d’affirmer que le déplacement présidentiel du 29 août a été provoqué par les critiques.

Mais la chronologie suffit à poser la question.

Pour Mamadi Doumbouya, l’enjeu dépasse désormais la seule gestion d’une catastrophe.

Il s’agit aussi de convaincre les Guinéens que la réaction de l’État ne s’arrêtera pas aux annonces faites après les morts.

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