Passeports caribéens : l’UE menace de fermer la porte de Schengen, les investisseurs africains en première ligne

L’Union européenne accentue la pression sur cinq États des Caraïbes afin qu’ils mettent fin à leurs programmes de citoyenneté par investissement. Antigua-et-Barbuda, la Dominique, la Grenade, Saint-Kitts-et-Nevis et Sainte-Lucie sont directement concernés. En cas de refus, leurs citoyens pourraient à terme perdre l’accès sans visa à l’espace Schengen. Derrière ce bras de fer entre Bruxelles et les Caraïbes se dessine également un enjeu africain majeur, notamment pour les investisseurs nigérians.

Aoû 19, 2026 - 13:50
Mis à jour: 1 jour il y a
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Passeports caribéens : l’UE menace de fermer la porte de Schengen, les investisseurs africains en première ligne
Passeport caribéen de Saint-Kitts-et-Nevis et voyage sans visa vers l'Europe

Pendant des années, les programmes de citoyenneté par investissement, plus connus sous l’appellation CBI – Citizenship by Investment, ont offert à des milliers d’investisseurs fortunés la possibilité d’obtenir un deuxième passeport en échange d’une contribution financière ou d’un investissement dans l’économie d’un pays.

Dans les Caraïbes, cette industrie est devenue particulièrement importante. Mais l’Europe considère désormais que ces « passeports dorés » peuvent représenter un risque pour son système d’exemption de visas.

Et Bruxelles semble décidée à durcir le ton.

Cinq pays directement dans le viseur de Bruxelles

Les pays concernés sont Antigua-et-Barbuda, la Dominique, la Grenade, Saint-Kitts-et-Nevis et Sainte-Lucie.

Tous permettent encore à des étrangers d’acquérir leur nationalité par l’intermédiaire d’un investissement agréé.

Ces mêmes nationalités donnent actuellement accès à l’espace Schengen pour des séjours de courte durée sans avoir à demander préalablement un visa.

C’est précisément ce mécanisme que l’Union européenne remet en question.

La Commission européenne s’inquiète des risques sécuritaires liés aux programmes permettant d’obtenir rapidement une citoyenneté donnant accès sans visa à l’espace Schengen.


Dans son rapport sur les régimes d’exemption de visa, la Commission européenne avait déjà identifié les cinq États caribéens en raison de leurs programmes de citoyenneté par investissement.

Depuis, l’Union européenne a considérablement renforcé son dispositif juridique.

Les nouvelles règles européennes permettent désormais de prendre en compte l’existence d’un programme de citoyenneté par investissement parmi les facteurs susceptibles de justifier une suspension de l’exemption de visa accordée à un pays tiers.

Une échéance fixée à 2028

Le dossier a pris une nouvelle dimension en 2026.

Selon une communication rendue publique par le gouvernement d’Antigua-et-Barbuda, la Commission européenne a demandé une suppression progressive de son programme de citoyenneté par investissement avec une échéance fixée au 1er juin 2028.

Pour Bruxelles, la question dépasse donc désormais l’amélioration des procédures de contrôle.

Le principe même consistant à accorder rapidement la citoyenneté à une personne principalement sur la base d’un investissement financier est devenu problématique dès lors que cette citoyenneté donne automatiquement accès sans visa au territoire européen.

Pourquoi l’Union européenne s’inquiète-t-elle ?

Un ressortissant d’un pays normalement soumis à visa pour entrer dans l’espace Schengen peut, sous certaines conditions, obtenir la nationalité d’un État caribéen.

Il peut ensuite voyager vers de nombreux pays européens en utilisant son nouveau passeport.

Pour les autorités européennes, ce mécanisme peut donc permettre de contourner indirectement les politiques migratoires et de visas de l’Union.

Les préoccupations portent notamment sur la sécurité, l’origine des fonds, le blanchiment de capitaux, la criminalité financière et les sanctions internationales.

Pourquoi cette affaire concerne directement l’Afrique

Le débat pourrait sembler éloigné du continent africain.

Il ne l’est pourtant pas.

Les citoyens de plusieurs pays africains constituent une clientèle importante de l’industrie mondiale de la deuxième nationalité.

Pour certains entrepreneurs, investisseurs ou familles disposant de moyens financiers importants, obtenir un passeport caribéen représente avant tout un moyen d'améliorer leur mobilité internationale.

Pour certains ressortissants africains, notamment nigérians, l’acquisition d’une deuxième citoyenneté est devenue un outil de mobilité internationale et de facilitation des déplacements professionnels.


Les Nigérians parmi les premiers demandeurs à la Grenade

Les statistiques de l’Investment Migration Agency de Grenade montrent l’importance prise par les demandeurs nigérians.

Selon les données relatives à 2025, les Nigérians représentaient environ 16 % des demandes de citoyenneté par investissement enregistrées sur l’année, devant les ressortissants chinois.

Cette statistique illustre une évolution plus large.

Face aux difficultés d’obtention de visas pour certaines destinations occidentales, une partie des élites économiques africaines considère désormais la possession d’un deuxième passeport comme une stratégie de mobilité internationale.

Un passeport caribéen sans Schengen aurait-il toujours la même valeur ?

Probablement pas.

Si l’Union européenne devait imposer des visas aux citoyens d’un ou plusieurs États concernés, l’un des principaux arguments commerciaux de ces programmes disparaîtrait.

Pour un investisseur ayant engagé plusieurs centaines de milliers de dollars précisément afin d’améliorer sa mobilité internationale, la différence serait considérable.

Immobilier, contributions aux fonds publics et investissements agréés constituent les principaux mécanismes utilisés par les programmes de citoyenneté par investissement dans les Caraïbes.


Mais les Caraïbes refusent de céder facilement

Pour les gouvernements caribéens, l’affaire ne concerne pas uniquement les visas.

Elle touche directement à leur souveraineté économique.

Ces petits États insulaires disposent d’économies relativement limitées, souvent dépendantes du tourisme et particulièrement vulnérables aux catastrophes naturelles ainsi qu’aux conséquences du changement climatique.

Les programmes de citoyenneté par investissement leur permettent de mobiliser des capitaux étrangers pour financer des infrastructures, des projets immobiliers et différents programmes publics.

Derrière les passeports, un véritable rapport de force géopolitique

Cette confrontation pose finalement une question beaucoup plus large :

Un grand bloc économique peut-il conditionner l’accès à son territoire à la manière dont un petit État décide d’accorder sa propre citoyenneté ?

Du point de vue européen, chaque pays reste libre de choisir sa politique de nationalité, mais l’Union reste également libre de décider quels passeports donnent accès à son territoire sans visa.

Du point de vue caribéen, la situation peut au contraire être perçue comme une pression exercée par une puissance économique beaucoup plus importante sur de petits États.

Les investisseurs africains devront suivre le dossier de très près

Pour l’instant, les détenteurs de passeports des cinq États concernés continuent de bénéficier de leur régime actuel d’accès à l’Europe.

Aucune suppression générale et immédiate de l’exemption de visa Schengen n’a encore été décidée.

Mais le signal envoyé par Bruxelles est extrêmement fort.

Pour les investisseurs africains qui envisagent aujourd’hui de dépenser plusieurs centaines de milliers de dollars pour obtenir un deuxième passeport, une question devient incontournable :

La mobilité internationale promise aujourd’hui sera-t-elle encore la même dans quelques années ?

Dans une industrie où la valeur d’un passeport dépend largement des frontières qu’il permet de franchir sans visa, la réponse pourrait déterminer l’avenir de tout le modèle économique des citoyennetés caribéennes par investissement.

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