Diomaye contre Sonko, la bataille pour le pouvoir est désormais ouverte

Le slogan « Diomaye moy Sonko » appartient désormais au passé. Après le limogeage d’Ousmane Sonko, son arrivée à la tête de l’Assemblée nationale et la création par Bassirou Diomaye Faye de son propre parti, le Sénégal vit une recomposition politique spectaculaire. En ligne de mire : le contrôle du pouvoir et, déjà, la présidentielle de 2029.

Aoû 21, 2026 - 20:09
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Diomaye contre Sonko, la bataille pour le pouvoir est désormais ouverte

Il y a encore deux ans, imaginer Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko dans deux camps politiques concurrents aurait relevé de la fiction.

En 2024, leur unité constituait précisément l’une des principales forces du mouvement qui avait bouleversé l’ordre politique sénégalais.

« Diomaye moy Sonko », autrement dit « Diomaye, c’est Sonko », résumait alors leur stratégie.

En 2026, cette époque paraît déjà lointaine.

Le 22 mai, la rupture

Après des mois de désaccords, Bassirou Diomaye Faye a finalement limogé Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre le 22 mai 2026.

Le geste mettait fin à plus d’une décennie de compagnonnage politique.

Mais ceux qui imaginaient Sonko marginalisé ont rapidement déchanté.

Quatre jours seulement après son départ de la primature, il a été élu président de l’Assemblée nationale par 132 voix sur 165.

Sonko conservait ainsi une position institutionnelle majeure et, surtout, une très forte influence sur le Pastef.

Quelques jours plus tard, le parti confirmait encore ce rapport de force : Ousmane Sonko était réélu à sa tête par 589 voix sur 598.

Diomaye construit désormais son propre camp

Bassirou Diomaye Faye a depuis franchi une étape qui rend la rupture pratiquement irréversible.

Le président a lancé en juillet sa propre formation, Kiiraay — Patriotes Républicains.

Le terme « Kiiraay » signifie notamment « bouclier » en wolof.

Le lancement de cette nouvelle formation formalise politiquement la séparation avec le Pastef d’Ousmane Sonko, parti qui avait pourtant porté la conquête du pouvoir en 2024.

Le Sénégal ne fait donc plus face à une simple rivalité personnelle au sommet.

Deux pôles politiques sont en train de se structurer.

Sonko possède l’appareil, Diomaye possède l’État

C’est ce qui rend cette bataille particulièrement intéressante.

Bassirou Diomaye Faye dispose naturellement de l’autorité présidentielle, de la diplomatie, du gouvernement et d’une grande partie de l’appareil administratif de l’État.

Ousmane Sonko, lui, conserve un avantage politique majeur : le Pastef.

Et le parti détient une très large majorité à l’Assemblée nationale.

Sonko lui-même préside désormais cette institution.

Le Sénégal se retrouve donc dans une configuration inhabituelle où le président de la République et le président de l’Assemblée sont issus de la même révolution politique, mais appartiennent désormais à deux camps concurrents.

Une cohabitation qui ne dit pas son nom ?

Institutionnellement, il ne s’agit évidemment pas d’une cohabitation classique.

Mais politiquement, Bassirou Diomaye Faye pourrait rencontrer une difficulté comparable : mener son programme face à une Assemblée largement contrôlée par l’organisation de son principal rival.

Sonko a déjà montré qu’il comptait utiliser pleinement son influence parlementaire.

Le risque pour Diomaye est évident : disposer des pouvoirs de la présidence sans bénéficier d’un appareil politique suffisamment puissant sur le terrain.

C’est précisément ce que la création de Kiiraay cherche à corriger.

Les élections locales comme premier test

La confrontation devrait également se déplacer dans les communes et collectivités territoriales.

Les prochaines échéances électorales seront déterminantes pour savoir lequel des deux hommes conserve réellement l’adhésion de l’électorat qui avait porté leur tandem au pouvoir.

Diomaye doit démontrer qu’il possède désormais une légitimité politique personnelle.

Sonko doit prouver que le socle électoral de 2024 lui demeure fidèle.

Et déjà, 2029

Derrière toutes les stratégies se dessine naturellement la prochaine présidentielle.

Bassirou Diomaye Faye sera alors jugé sur son bilan.

Ousmane Sonko, de son côté, dispose désormais d’une plateforme idéale pour défendre une candidature éventuelle si les conditions politiques et juridiques le permettent.

D’ici là, beaucoup peut changer.

Mais une chose paraît acquise : l’ancien tandem qui a fait tomber l’ordre politique précédent est désormais engagé dans une compétition pour définir qui héritera durablement de cette révolution.

La bataille du Sénégal de demain ne se jouera peut-être donc pas entre le nouveau pouvoir et l’ancien régime.

Elle pourrait se jouer entre les deux hommes qui avaient conquis ensemble le pouvoir en 2024.

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