Mali : Assimi Goïta, quand la transition devient le régime
Arrivé au sommet de l'État à la faveur de deux ruptures militaires successives en 2020 et 2021, Assimi Goïta devait initialement conduire le Mali vers des élections et un retour rapide à l'ordre constitutionnel. Cinq ans plus tard, il dirige toujours le pays. La transition a été prolongée pour cinq années renouvelables, les partis politiques ont été dissous, les élections repoussées et le Mali a profondément réorienté sa diplomatie vers l'Alliance des États du Sahel et la Russie. Pour ses partisans, Goïta incarne la reconquête de la souveraineté malienne. Pour ses opposants, la transition est devenue un régime sans véritable échéance. Le Mali est-il encore en transition, ou Assimi Goïta a-t-il créé un nouvel ordre politique durable ?
Une transition qui devait être provisoire
Lorsque le président Ibrahim Boubacar Keïta est renversé le 18 août 2020 après plusieurs mois de contestation politique, les militaires qui prennent le pouvoir présentent leur intervention comme une réponse à une crise nationale profonde.
Assimi Goïta, alors colonel, apparaît rapidement comme l'homme fort du Comité national pour le salut du peuple.
Sous la pression régionale, notamment de la CEDEAO, un gouvernement de transition est mis en place.
Bah N'Daw devient président de la transition.
Assimi Goïta occupe la vice-présidence.
Le principe paraît alors relativement clair : réformer certaines institutions, stabiliser le pays, puis organiser des élections permettant le retour d'un pouvoir civil.
Mais en mai 2021, une nouvelle crise bouleverse le dispositif.
Assimi Goïta fait arrêter Bah N'Daw et le Premier ministre Moctar Ouane.
Il prend directement la tête de la transition.
À partir de ce moment, l'homme qui avait participé au renversement d'Ibrahim Boubacar Keïta devient lui-même le chef de l'État.
De 2021 à 2026 : cinq années au sommet
Assimi Goïta est officiellement investi président de la transition le 7 juin 2021.
À l'époque, l'idée d'un retour rapide à un pouvoir civil reste encore au cœur des engagements annoncés.
Des élections devaient notamment permettre de mettre fin à la transition.
Elles n'auront pas lieu dans les délais initialement prévus.
Année après année, la priorité affichée par Bamako se déplace.
Les autorités expliquent que la sécurité, la refondation institutionnelle et la restauration de l'autorité de l'État doivent précéder les élections.
En août 2026, le gouvernement malien continue d'ailleurs officiellement de qualifier Assimi Goïta de « Président de la Transition, Chef de l'État » et célèbre publiquement le bilan de ses cinq années de gouvernance.
Cette continuité est essentielle pour comprendre ce qu'est devenu le Mali.
La transition n'est plus une courte parenthèse entre deux régimes.
Elle est désormais devenue le cadre même dans lequel le pays fonctionne.
Juillet 2025 : le tournant décisif
L'étape la plus importante survient à l'été 2025.
Le 3 juillet, le Conseil national de transition adopte à l'unanimité une révision de la Charte de la Transition.
Le texte est ensuite promulgué par Assimi Goïta le 8 juillet.
Il accorde au chef de l'État une nouvelle période de cinq ans renouvelable, à compter de 2025, jusqu'à ce que les conditions permettant la pacification du pays soient considérées comme réunies.
Le texte autorise également Assimi Goïta à se présenter à une future élection présidentielle.
Cette décision change profondément la nature du système.
Une échéance électorale déterminée est remplacée par une condition beaucoup plus difficile à mesurer :
la pacification du pays.
Or le Mali reste confronté à des groupes armés jihadistes et à une situation sécuritaire extrêmement instable.
Cela signifie que la durée réelle du pouvoir de transition peut devenir très longue.
En théorie, les cinq ans peuvent être écourtés si les conditions électorales sont réunies.
Mais ils peuvent aussi être renouvelés.
Et potentiellement renouvelés encore.
Quand le provisoire devient indéfini
C'est ici que se trouve la principale singularité du système Goïta.
Le Mali n'a pas officiellement abandonné l'idée d'élections.
Il n'a pas non plus déclaré que le pouvoir militaire était permanent.
Mais la fin de la transition est désormais liée à une condition dont le calendrier est impossible à prévoir.
La logique politique peut être résumée ainsi :
sécurité d'abord → stabilisation ensuite → élections après.
Le problème est que dans un pays confronté depuis plus d'une décennie au jihadisme, la sécurité totale pourrait rester hors d'atteinte pendant longtemps.
La transition dispose ainsi d'un mécanisme institutionnel lui permettant de durer sans qu'une date électorale contraignante ne s'impose immédiatement.
C'est précisément ce qui distingue Assimi Goïta de Mamadi Doumbouya en Guinée.
Doumbouya a progressivement transformé son pouvoir militaire en mandat électoral.
Goïta, lui, a prolongé le cadre militaire lui-même.
Les partis politiques disparaissent
Quelques semaines avant la prolongation de la transition, le Mali avait franchi un autre seuil.
Le 13 mai 2025, les autorités dissolvent l'ensemble des partis politiques et organisations à caractère politique du pays.
Le gouvernement présente cette décision comme l'application des recommandations issues des consultations nationales et comme une étape vers une refondation du système partisan.
Les autorités soulignent notamment que le Mali comptait près de 300 partis, souvent accusés de favoriser le clientélisme, le nomadisme politique et la fragmentation de la vie publique.
Mais la mesure intervient également dans un contexte très particulier.
Quelques jours auparavant, Bamako avait connu une mobilisation rare réclamant la fin de la transition militaire et le retour à l'ordre constitutionnel.
Le gouvernement avait d'abord suspendu les activités politiques avant de prononcer leur dissolution complète.
Cette chronologie alimente les accusations des opposants.
Pour eux, il ne s'agit pas simplement de réformer un système partisan défaillant.
Il s'agit aussi d'éliminer les principales structures capables d'organiser politiquement la contestation.
Une opposition qui perd son terrain légal
La dissolution des partis constitue l'un des changements les plus importants intervenus au Mali depuis le début de la transition.
Car dans une démocratie classique, même lorsqu'un gouvernement domine largement l'espace institutionnel, ses adversaires disposent normalement d'organisations leur permettant de préparer une alternative.
Au Mali, cet espace a été considérablement réduit.
Des figures de l'opposition ont dénoncé des arrestations, des disparitions et des pressions.
Reuters avait notamment rapporté en mai 2025 que plusieurs responsables politiques étaient portés disparus ou auraient été enlevés dans un contexte de durcissement du pouvoir.
Les autorités, de leur côté, affirment vouloir reconstruire entièrement le système politique sur de nouvelles bases.
La question est donc centrale :
peut-on refonder la démocratie en supprimant d'abord tous les partis qui la font vivre ?
Les partisans de la transition répondent qu'un système politique discrédité doit parfois être entièrement réorganisé.
Les opposants estiment au contraire que la refondation est devenue le vocabulaire permettant de justifier la concentration du pouvoir.
La sécurité : le grand argument de Goïta
Pour comprendre pourquoi Assimi Goïta conserve une importante capacité de mobilisation, il faut néanmoins prendre au sérieux l'argument sécuritaire.
Le Mali traverse depuis 2012 une crise majeure.
Groupes jihadistes, rebellions, effondrement de l'autorité publique dans certaines zones, déplacements de populations et attaques contre les forces armées ont profondément marqué le pays.
Pour de nombreux Maliens, la question de la survie même de l'État est devenue prioritaire.
Le pouvoir de Goïta a précisément construit une grande partie de sa légitimité autour d'une promesse :
reconstruire une armée capable de reprendre l'initiative.
Le gouvernement affirme avoir considérablement renforcé les Forces armées maliennes, acquis de nouveaux équipements et restauré une plus grande liberté opérationnelle.
Dans son bilan officiel de 2026, Bamako présente cette montée en puissance militaire comme l'une des principales réalisations de la transition.
C'est sur ce terrain que le pouvoir dispose de son argument le plus puissant.
Kidal : le symbole de la reconquête
L'un des moments les plus importants de la présidence Goïta intervient en novembre 2023.
Les forces maliennes reprennent Kidal, ville du nord longtemps contrôlée par des groupes armés rebelles.
Pour Bamako, cette victoire dépasse largement son importance militaire.
Elle devient un symbole national.
Depuis des années, Kidal incarnait aux yeux d'une partie de l'opinion malienne l'incapacité de l'État à exercer pleinement sa souveraineté sur son territoire.
Sa reprise permet donc à Goïta d'alimenter un récit politique simple :
le Mali reprend ce qui lui appartient.
Ce récit contribue fortement à sa popularité auprès d'une partie de la population.
Il nourrit également une conception particulière de la souveraineté qui dépasse désormais la seule question militaire.
La rupture avec la France
L'autre pilier du système Goïta est diplomatique.
Les relations entre Bamako et Paris se dégradent rapidement après 2021.
La présence militaire française, autrefois présentée comme indispensable dans la lutte contre le jihadisme, devient progressivement un symbole de dépendance pour les autorités maliennes et une partie de l'opinion publique.
En 2022, la France met fin à l'opération Barkhane au Mali et retire ses forces.
La mission européenne Takuba disparaît également.
Puis vient la rupture avec la MINUSMA.
À la demande des autorités maliennes, la mission des Nations unies quitte le pays à la fin de 2023.
Le Mali rompt ainsi avec plusieurs piliers de l'architecture internationale qui avait encadré sa sécurité depuis une décennie.
Moscou remplace Paris
Cette rupture ne signifie pas que Bamako choisit l'isolement.
Le Mali modifie ses partenariats.
La Russie devient l'un de ses principaux partenaires militaires.
Des personnels russes, d'abord associés au groupe Wagner puis à Africa Corps, participent aux côtés des forces maliennes à différentes opérations.
La coopération militaire s'accompagne d'un rapprochement diplomatique beaucoup plus large.
Pour le gouvernement, cette relation répond à une logique simple :
le Mali doit pouvoir choisir librement ses partenaires sans accepter de tutelle politique extérieure.
Pour les critiques, le remplacement d'une dépendance occidentale par une dépendance russe ne constitue pas nécessairement une véritable autonomie stratégique.
Mais politiquement, le discours fonctionne.
Il permet à Goïta de présenter chaque rupture avec Paris ou certaines institutions occidentales comme une étape dans la reconquête de la souveraineté nationale.
La souveraineté est devenue une doctrine
Sous Assimi Goïta, le mot souveraineté ne constitue plus seulement un élément de communication.
Il est devenu la doctrine centrale du régime.
Souveraineté militaire.
Souveraineté diplomatique.
Souveraineté économique.
Souveraineté monétaire à terme.
Souveraineté médiatique.
Souveraineté dans le choix des alliances.
Au début de 2026, Goïta lui-même présente ce choix comme « irréversible ».
Cette idée donne au régime une cohérence politique particulièrement forte.
Elle permet également d'opposer deux récits.
Dans le premier, porté par le pouvoir, le Mali s'émancipe d'un système international qui avait échoué à résoudre ses problèmes.
Dans le second, défendu par ses détracteurs, le gouvernement utilise le discours souverainiste pour réduire progressivement les contre-pouvoirs internes.
Les deux dimensions peuvent d'ailleurs coexister.
Un pays peut chercher davantage d'autonomie internationale tout en connaissant simultanément un recul du pluralisme politique.
L'AES : plus qu'une alliance militaire
La création de l'Alliance des États du Sahel constitue probablement le projet géopolitique le plus important porté par Goïta.
En septembre 2023, le Mali, le Burkina Faso et le Niger créent l'AES.
Les trois pays sont alors dirigés par des militaires issus de coups d'État.
Ils partagent plusieurs caractéristiques :
une forte critique de la France ;
une volonté de redéfinir leurs partenariats internationaux ;
une priorité accordée à la lutte contre les groupes armés ;
et une volonté d'affirmer leur souveraineté face aux organisations régionales traditionnelles.
L'AES évolue ensuite vers une Confédération des États du Sahel.
Le Mali, le Burkina Faso d'Ibrahim Traoré et le Niger d'Abdourahamane Tiani cherchent ainsi à créer un nouvel espace politique et stratégique.
Cette alliance offre à Assimi Goïta quelque chose que le Mali ne possédait pas au début de la transition :
un environnement régional idéologiquement compatible.
La rupture avec la CEDEAO
Ce basculement se matérialise surtout par la sortie du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO.
Pendant plusieurs années, la CEDEAO avait été le principal acteur extérieur tentant de contraindre Bamako à respecter un calendrier de transition.
Sanctions économiques, pressions diplomatiques et demandes d'élections avaient créé un rapport de force particulièrement dur.
En quittant l'organisation avec ses deux partenaires de l'AES, le Mali réduit considérablement cette pression.
La décision possède donc une dimension géopolitique, mais aussi une dimension politique intérieure.
Sans la CEDEAO comme arbitre régional capable d'exiger une échéance électorale précise, les autorités maliennes disposent de beaucoup plus de liberté pour définir leur propre calendrier.
Le paradoxe de Goïta
Le système Goïta repose ainsi sur un paradoxe.
Le pouvoir affirme vouloir restaurer l'État malien.
Et sur certains sujets, il a effectivement obtenu des résultats visibles qui nourrissent sa légitimité : renforcement de l'armée, reprise de Kidal, rupture avec certaines dépendances extérieures, création de l'AES et affirmation diplomatique.
Mais dans le même temps, les mécanismes politiques permettant de contrôler ce pouvoir se sont affaiblis.
Les élections sont repoussées.
Les partis ont été dissous.
La transition a été prolongée pour cinq années renouvelables.
Les espaces de contestation sont plus restreints.
La question centrale n'est donc pas simplement de savoir si Goïta est populaire ou impopulaire.
Elle est de savoir quelles institutions pourront réellement limiter son pouvoir si cette popularité diminue un jour.
Une Constitution adoptée, mais toujours pas d'élections nationales
Le Mali dispose pourtant depuis 2023 d'une nouvelle Constitution.
Le texte avait été approuvé par référendum et promulgué en juillet de la même année.
Pour le gouvernement, cette Constitution représente l'un des éléments centraux de la « Refondation » et l'entrée dans une nouvelle République.
Mais l'adoption d'une Constitution ne signifie pas automatiquement le retour à un système électoral normal.
Trois ans plus tard, en août 2026, le Mali reste dirigé par les institutions de transition.
C'est une situation politiquement inhabituelle :
un nouvel ordre constitutionnel existe, mais la transition militaire continue.
Le pays se trouve donc entre deux systèmes.
L'ancien ordre démocratique a été profondément démantelé.
Le nouveau n'est pas encore pleinement constitué par les urnes.
Goïta peut désormais se présenter
Autre évolution fondamentale : Assimi Goïta n'est plus obligé de disparaître politiquement à la fin de la transition.
La Charte révisée l'autorise à participer à la future présidentielle.
Cela ouvre un scénario très important.
Même si des élections sont finalement organisées, celles-ci ne signifieront pas nécessairement le départ du dirigeant actuel.
Assimi Goïta pourrait parfaitement chercher à reproduire une partie du chemin emprunté par Mamadi Doumbouya en Guinée :
diriger la transition, puis devenir candidat à la présidence.
La différence est que le calendrier malien reste beaucoup plus incertain.
Goïta dispose donc potentiellement de deux formes de longévité.
Il peut prolonger la transition.
Puis, lorsqu'elle prendra fin, tenter de conserver le pouvoir par les urnes.
Le Mali peut-il gagner militairement ?
Toute la stratégie repose cependant sur une hypothèse essentielle :
que les forces maliennes parviennent réellement à améliorer durablement la situation sécuritaire.
Or la guerre reste loin d'être terminée.
Les groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et à l'État islamique continuent d'opérer dans plusieurs régions et de mener des attaques contre les forces de sécurité comme contre les civils.
C'est probablement le plus grand risque politique pour Goïta.
Tant que la situation sécuritaire permet au pouvoir de montrer des avancées, le discours souverainiste reste puissant.
Mais si les pertes augmentent, si l'insécurité gagne de nouvelles zones ou si l'économie se détériore durablement, la même question finira par se poser :
après plusieurs années de pouvoir presque sans contrepoids, qui sera tenu responsable ?
L'économie : la seconde bataille
Le patriotisme et la souveraineté peuvent mobiliser.
Mais ils ne suffisent pas indéfiniment.
La population juge également un gouvernement sur l'emploi, les prix, l'électricité, l'agriculture, les infrastructures et les services publics.
Le Mali reste exposé à d'importantes vulnérabilités économiques.
Les problèmes énergétiques ont notamment fortement affecté les ménages et les entreprises ces dernières années.
Le gouvernement cherche parallèlement à accroître la part de l'État dans l'exploitation de ses ressources minières, particulièrement l'or.
Cette politique s'inscrit parfaitement dans le récit souverainiste.
L'objectif est de montrer qu'après avoir cherché à récupérer sa souveraineté militaire et diplomatique, le Mali entend également reprendre davantage de contrôle sur ses richesses.
Mais le succès du modèle Goïta dépendra ultimement d'un indicateur beaucoup plus concret :
la vie quotidienne des Maliens s'améliore-t-elle ?
Une popularité difficile à mesurer
Il existe incontestablement une base sociale favorable à Assimi Goïta.
Les mobilisations de soutien au pouvoir, le poids du discours souverainiste et la popularité de l'AES en témoignent.
Mais mesurer précisément cette popularité est devenu difficile.
Pourquoi ?
Parce qu'il n'existe plus aujourd'hui de compétition politique nationale normale capable de la tester.
Une élection libre et pluraliste constitue normalement le mécanisme permettant de mesurer le soutien réel dont bénéficie un dirigeant.
En son absence, il faut se fier à des manifestations, à des enquêtes d'opinion, aux réseaux sociaux ou aux perceptions locales.
Ces indicateurs peuvent être importants.
Mais aucun ne remplace véritablement une élection compétitive.
C'est l'un des grands paradoxes du Mali actuel :
Goïta peut être réellement populaire tout en dirigeant un système dans lequel cette popularité n'est plus soumise régulièrement au verdict des urnes.
Analyse Oganews : Goïta a changé la définition même d'une transition
Assimi Goïta n'a pas seulement prolongé son séjour au pouvoir.
Il a progressivement transformé le sens du mot transition.
Dans sa définition classique, une transition possède deux caractéristiques :
un caractère exceptionnel ;
et une fin clairement identifiable.
Au Mali, ces deux éléments sont devenus beaucoup moins évidents.
Le système fonctionne désormais depuis plusieurs années.
Ses institutions se stabilisent.
Son idéologie — souveraineté, refondation, sécurité, AES — est clairement définie.
Ses alliances internationales sont structurées.
Son chef dispose d'une nouvelle période de cinq ans renouvelable.
Et les anciennes structures partisanes ont été dissoutes.
À ce stade, parler uniquement de transition peut donc devenir trompeur.
La transition est progressivement devenue le régime.
C'est cela qui distingue fondamentalement Assimi Goïta des autres dirigeants de cette série.
Faure Gnassingbé a changé l'architecture constitutionnelle pour rester au centre d'un pouvoir civil ancien.
Mamadi Doumbouya a transformé un pouvoir militaire en présidence électorale.
Assimi Goïta emprunte une troisième voie :
institutionnaliser progressivement le pouvoir de transition lui-même.
Jusqu'où peut aller le modèle Goïta ?
Le test final sera simple.
Si le Mali retrouve davantage de sécurité, améliore son économie et organise ensuite une véritable compétition électorale, Assimi Goïta pourra défendre l'idée qu'une longue transition était nécessaire pour reconstruire un État profondément fragilisé.
Si, en revanche, l'échéance électorale continue d'être repoussée tandis que l'opposition demeure empêchée de s'organiser, la refondation apparaîtra de plus en plus comme une justification permettant au pouvoir militaire de se perpétuer.
Tout dépend donc d'une question que Bamako ne pourra pas repousser éternellement :
à quel moment le peuple malien pourra-t-il choisir librement ceux qui le gouvernent ?
Après cinq ans de transition, cette question est devenue plus importante que jamais.
Car Assimi Goïta a déjà réussi à reprendre le contrôle politique de l'État.
Il cherche à reprendre le contrôle militaire du territoire.
Il a profondément modifié les alliances internationales du Mali.
Mais il reste une étape pour laquelle aucune souveraineté ne peut remplacer les citoyens :
le moment où le pouvoir accepte à nouveau de se soumettre au verdict des urnes.
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