137 ans après le tracé colonial, Dakar et Banjul veulent enfin fixer leur frontière
Un incident militaire survenu en juillet aurait pu provoquer une crise entre le Sénégal et la Gambie. Il aura finalement accéléré un chantier historique : la clarification d’une frontière longue de 749 kilomètres dont le tracé remonte à la colonisation.
Sur une carte de l’Afrique, la Gambie constitue l’une des curiosités géographiques les plus remarquables du continent.
Ce territoire étroit épouse le fleuve Gambie et s’enfonce profondément à l’intérieur du Sénégal.
À l’exception de sa façade atlantique, la Gambie est presque entièrement entourée par son grand voisin.
Cette géographie singulière est l’héritage direct de la rivalité coloniale entre la France et le Royaume-Uni.
Et 137 ans après les arrangements coloniaux de 1889, Dakar et Banjul travaillent encore à préciser certains segments de leur frontière.
L’incident de Bulock fait monter la tension
Le dossier a brutalement refait surface le 16 juillet 2026.
Dans la zone de Bulock, un bulldozer est intervenu sur un ouvrage situé près de la frontière gambienne en présence de militaires sénégalais.
Banjul a dénoncé un acte provocateur.
Dakar a pour sa part expliqué avoir plusieurs fois signalé des installations ou activités constituant, selon lui, des empiètements sur le territoire sénégalais.
Le ministère sénégalais des Affaires étrangères a alors estimé qu’une réponse durable au différend frontalier devenait nécessaire.
La situation aurait facilement pu se transformer en crise diplomatique.
Elle a finalement produit le résultat inverse.
Un accord finalisé le 29 juillet
Le 29 juillet 2026, le Secrétariat permanent sénégalo-gambien a annoncé la finalisation d’un accord destiné à clarifier définitivement le tracé de la frontière terrestre.
Celle-ci s’étend sur environ 749 kilomètres.
Le symbole est considérable.
Le tracé initial remonte à un accord franco-britannique du 10 août 1889, à une époque où les populations concernées n’avaient évidemment aucun rôle dans la définition des frontières.
Plus d’un siècle plus tard, les deux États indépendants doivent encore gérer cet héritage.
Une frontière vitale pour les deux pays
La question dépasse largement quelques mètres de terrain.
Des milliers de personnes traversent régulièrement cette frontière.
Les échanges commerciaux entre les deux pays sont nombreux, et la Gambie dépend fortement des voies de communication traversant ou provenant du Sénégal.
L’histoire récente a déjà montré les conséquences économiques que peut provoquer la fermeture de certains passages frontaliers.
Cette interdépendance explique pourquoi Dakar et Banjul ont tout intérêt à empêcher un conflit territorial de s’installer.
La Casamance en arrière-plan
La dimension sécuritaire ne peut pas non plus être ignorée.
La Gambie sépare géographiquement une grande partie du nord du Sénégal de la Casamance.
Pendant plusieurs décennies, le conflit casamançais a donné une importance stratégique particulière aux frontières avec la Gambie et la Guinée-Bissau.
La stabilisation et la matérialisation précise de la frontière peuvent donc contribuer à améliorer la coopération sécuritaire et la lutte contre différents trafics transfrontaliers.
Transformer une frontière coloniale en frontière africaine
Le cas sénégalo-gambien illustre une problématique plus large.
De nombreuses frontières africaines ont été dessinées par les puissances coloniales en fonction de leurs rivalités, sans tenir compte des réalités humaines ou politiques locales.
Après les indépendances, les États africains ont généralement décidé de respecter ces frontières afin d’éviter une multiplication des conflits territoriaux.
Mais cela n’empêche pas les ajustements et clarifications.
Le travail engagé entre Dakar et Banjul pourrait ainsi transformer une ligne imposée autrefois depuis l’Europe en une frontière désormais négociée et reconnue par les deux États africains concernés.
Une nuance qui, 137 ans plus tard, est loin d’être symbolique.
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