Électricité au Togo : la Russie propose ses turbines à gaz, mais Lomé prépare déjà une centrale de 120 MW avec la Banque mondiale

La Russie cherche à se positionner sur le marché de l'électricité au Togo et au Niger. Le 6 octobre 2026, le groupe industriel russe United Engine Corporation (UEC) a confirmé avoir présenté ses équipements de production électrique aux partenaires togolais. Mais cette initiative intervient à un moment où Lomé prépare déjà la construction d'une centrale thermique de 120 mégawatts avec l'appui de la Banque mondiale. Entre nouvelles ambitions russes, projets nationaux et dépendance aux importations nigérianes, le Togo se trouve face à des choix importants pour son avenir énergétique.

Oct 08, 2026 - 10:44
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Électricité au Togo : la Russie propose ses turbines à gaz, mais Lomé prépare déjà une centrale de 120 MW avec la Banque mondiale
La centrale Kékéli Efficient Power à Lomé, l'une des installations illustrant les efforts du Togo pour développer sa production électrique nationale

La Russie veut prendre place dans le secteur électrique togolais

L'intérêt de la Russie pour le marché énergétique togolais vient de franchir une nouvelle étape.

Dans un communiqué publié le 6 octobre 2026, United Engine Corporation (UEC), filiale du groupe public russe Rostec, a annoncé avoir présenté des solutions de production électrique décentralisée à l'occasion de la première réunion de la commission intergouvernementale russo-togolaise de coopération commerciale, économique, scientifique et technique.

Les équipements proposés comprennent des unités de production utilisant des turbines à gaz, dont les puissances s'échelonnent entre 6 et 32 mégawatts.

Selon le constructeur, ces installations sont adaptées à des besoins industriels et à l'approvisionnement de sites éloignés ou insuffisamment desservis par les réseaux électriques.

UEC indique également avoir déjà produit 675 installations énergétiques totalisant 6 gigawatts de capacité. Ces chiffres correspondent aux réalisations internationales revendiquées par le groupe et non à des équipements commandés par le Togo.

La société affirme que ses technologies pourraient contribuer à améliorer la stabilité des infrastructures électriques togolaises.

L'annonce a été reprise le 7 octobre par Business Insider Africa, qui l'a replacée dans le contexte de la dépendance énergétique du Togo et du Niger envers le Nigeria.

Mais une distinction mérite d'être faite : le communiqué officiel russe confirme la présentation de technologies au Togo et évoque le développement de relations avec le Niger. Il ne confirme ni une commande ferme, ni un montant d'investissement, ni un chantier officiellement lancé dans l'un des deux pays.

uecrus.com
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Un projet russe qui arrive au moment où Lomé prépare une centrale de 120 MW

C'est un élément majeur du dossier, largement absent de la couverture médiatique initiale.

Le Togo n'a pas attendu les propositions russes pour rechercher de nouvelles capacités de production électrique.

Le 18 septembre 2026, soit moins de trois semaines avant l'annonce de UEC, le ministère togolais chargé de l'Énergie a organisé une réunion de consultation du marché pour un projet de centrale thermique bifuel de 120 MW sur le site de la Centrale thermique de Lomé (CTL).

Le projet bénéficie de l'appui financier de la Banque mondiale.

Selon les documents publiés par celle-ci, la future installation doit fonctionner principalement au gaz naturel, avec la possibilité d'utiliser un combustible liquide de secours. Elle sera raccordée au réseau électrique de 161 kilovolts.

Le processus de sélection des entreprises est envisagé pour le quatrième trimestre 2026.

La Banque mondiale précise également que la demande de pointe du Togo était estimée à 360 MW au premier trimestre 2026 et progressait d'environ 10 % par an.

energie.gouv.tg
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LES CHIFFRES DU DOSSIER

120 MW

Puissance de la centrale projetée à Lomé

360 MW

Demande de pointe estimée au T1 2026

6–32 MW

Puissance unitaire des équipements UEC présentés
Sources : Banque mondiale, ministère togolais de l'Énergie et UEC. La puissance d'un équipement ne correspond pas nécessairement à la production effective.

La situation soulève une question importante : les entreprises russes pourraient-elles chercher à participer aux futurs investissements énergétiques du Togo ?

Cette possibilité ne peut être exclue. Mais rien, dans les documents consultés, ne permet de relier directement la démarche d'UEC au projet de centrale de 120 MW soutenu par la Banque mondiale.

Les deux initiatives doivent donc être présentées séparément.

Le Togo dispose déjà de centrales thermiques : pourquoi cherche-t-il encore des capacités ?

Au cours des dernières années, le Togo a réalisé plusieurs investissements pour accroître sa production nationale d'électricité.

Parmi eux figure la centrale Kékéli Efficient Power, implantée dans la zone portuaire de Lomé et inaugurée en avril 2021.

D'une capacité totale de 65 MW, cette installation combine une turbine à gaz de 47 MW et un cycle vapeur de 18 MW, destiné à récupérer l'énergie thermique sans consommation supplémentaire de gaz pour cette seconde phase.

Le projet, développé dans le cadre d'un partenariat public-privé, représente un investissement annoncé de 85 milliards de francs CFA. Il associe notamment l'État togolais, le groupe panafricain Eranove et des partenaires industriels internationaux.

Malgré ces investissements, la question de l'équilibre entre production locale, importations et consommation reste entière.

La demande d'électricité augmente avec la croissance urbaine, le développement de nouvelles entreprises et les besoins des zones industrielles.

Pour un pays qui entend renforcer ses activités industrielles et logistiques, notamment autour du port de Lomé, la disponibilité d'une alimentation électrique stable constitue un facteur de compétitivité.

Les nouvelles installations doivent également permettre de disposer de capacités mobilisables lorsque d'autres sources de production ne suffisent pas à répondre à la demande.

Mais la construction d'une centrale ne résout pas automatiquement tous les problèmes du secteur. La qualité des réseaux de transport et de distribution, les pertes techniques, les coûts du combustible et la situation financière des opérateurs jouent également un rôle déterminant.

Le Nigeria reste un fournisseur important

L'annonce russe prend une autre dimension lorsqu'on examine les relations électriques entre le Togo et ses voisins.

Le Nigeria est depuis longtemps un fournisseur d'électricité pour plusieurs pays de la sous-région.

Le Togo bénéficie notamment d'approvisionnements provenant du Nigeria, directement dans certains arrangements commerciaux et à travers les mécanismes régionaux de coopération électrique.

En mars 2026, la Compagnie énergie électrique du Togo (CEET) a demandé une augmentation des quantités d'électricité fournies par la société nigériane Niger Delta Power Holding Company (NDPHC).

Selon les informations rapportées par Business Insider Africa, la CEET recevait alors environ 75 MW dans le cadre de cette relation commerciale.

Ce chiffre ne représente cependant pas la totalité des importations ni de la consommation électrique togolaise.

Business Insider Africa

Cette coopération traduit une réalité économique : les échanges transfrontaliers permettent aux pays de partager leurs capacités de production et de sécuriser leurs approvisionnements.

La question n'est donc pas nécessairement de mettre fin aux importations nigérianes, mais de déterminer la place qu'elles doivent occuper à mesure que le Togo développe ses propres centrales.

Une production nationale supplémentaire pourrait offrir davantage de flexibilité à Lomé lors des négociations commerciales ou des difficultés d'approvisionnement.

Elle ne serait toutefois avantageuse que si son coût global reste compétitif.

La Russie peut-elle réellement concurrencer l'électricité nigériane ?

Sur le plan technologique, les équipements présentés par UEC pourraient répondre à certains besoins spécifiques du secteur énergétique togolais.

Les unités de petite et moyenne puissance permettent notamment d'envisager une production proche des consommateurs industriels ou dans des zones où le réseau centralisé présente des limites.

Elles pourraient, selon les projets retenus, alimenter des infrastructures portuaires, des installations industrielles ou des activités nécessitant une fourniture relativement autonome.

Mais une comparaison avec les approvisionnements nigérians suppose de connaître plusieurs paramètres encore absents des annonces russes.

Le premier concerne le coût de construction et de financement. Le deuxième porte sur le combustible nécessaire au fonctionnement des turbines. Le troisième concerne les frais d'exploitation et de maintenance ainsi que le tarif final de l'électricité.

Il faudra aussi déterminer si les équipements proposés correspondent aux besoins des réseaux publics togolais ou davantage à ceux d'installations industrielles isolées.

Une centrale de production décentralisée destinée à une usine n'a pas nécessairement la même fonction qu'une installation raccordée au réseau national.

Ainsi, présenter la démarche russe comme une volonté déjà concrétisée de remplacer le Nigeria serait aller au-delà des faits disponibles.

Pour le moment, Moscou cherche surtout à faire connaître son offre technologique et à ouvrir des possibilités de coopération.

Les factures d'électricité, un autre défi pour les pays importateurs

Les relations électriques entre le Nigeria et ses voisins comportent aussi un volet financier parfois délicat.

Les rapports de la Nigerian Electricity Regulatory Commission (NERC), autorité nigériane de régulation du secteur, font régulièrement état de factures non intégralement réglées par des clients internationaux.

Ces rapports concernent notamment des entreprises achetant de l'électricité pour les marchés togolais, béninois et nigérien.

Dans son article du 7 octobre, Business Insider Africa évoque ainsi près de 17,8 millions de dollars d'impayés concernant ces trois pays, d'après des données réglementaires antérieures.

Il est toutefois important de ne pas confondre ces montants avec une dette exclusivement supportée par l'État togolais.

Les contrats, les périodes de facturation et les acheteurs concernés doivent être distingués.

La NERC a publié un nouveau rapport portant sur le deuxième trimestre 2026 le 29 septembre. Les montants détaillés de ce rapport n'ayant pas été définitivement rapprochés des contrats concernés dans notre vérification, il serait imprudent de présenter le chiffre de 17,8 millions de dollars comme le solde actuel.

Business Insider Africa
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Ces difficultés de paiement rappellent néanmoins qu'une politique d'indépendance énergétique doit aussi prendre en considération la santé financière des entreprises électriques.

Produire davantage d'électricité localement ne met pas automatiquement fin aux problèmes de trésorerie. Les fournisseurs de combustible, les constructeurs, les banques et les exploitants doivent eux aussi être rémunérés.

Le Niger, autre marché visé par les industriels russes

Le Niger apparaît également dans les informations publiées concernant les démarches d'UEC.

L'entreprise russe s'intéresse à un pays confronté à des besoins importants d'accès à l'électricité et historiquement dépendant de ses voisins pour une partie de son approvisionnement.

Dans ce contexte, développer des moyens de production nationaux pourrait permettre de mieux sécuriser certaines activités économiques et certains services essentiels.

Les équipements russes pourraient notamment intéresser des installations industrielles et des infrastructures éloignées des principales lignes électriques.

Toutefois, les informations disponibles au 8 octobre 2026 ne permettent pas de préciser si les autorités nigériennes ont accepté une proposition, identifié des sites ou engagé des financements.

Il serait donc incorrect d'annoncer la construction prochaine de centrales russes au Niger.

La position exprimée par UEC témoigne d'un intérêt commercial et d'une volonté de coopération, mais pas encore d'un projet entré en phase de réalisation.

uecrus.com
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L'électricité devient aussi un enjeu diplomatique entre Lomé et Moscou

Au-delà des aspects techniques, l'annonce illustre l'élargissement des relations économiques entre la Russie et le Togo.

La première commission intergouvernementale russo-togolaise constitue un cadre de discussions entre les deux pays sur plusieurs secteurs de coopération.

Pour Moscou, l'exportation de technologies énergétiques peut représenter un moyen de développer ses relations commerciales sur le continent africain.

Pour Lomé, l'intérêt potentiel réside dans la possibilité de comparer différentes offres industrielles et financières.

Mais une diversification des partenariats ne garantit pas nécessairement de meilleures conditions économiques.

Tout dépendra des modalités des contrats et de la capacité des autorités à obtenir des investissements compatibles avec les intérêts du pays.

Le véritable enjeu consiste donc à savoir ce que les propositions russes pourraient apporter en plus des projets déjà programmés avec d'autres partenaires.

Le projet de centrale de 120 MW soutenu par la Banque mondiale montre que le Togo travaille déjà avec des institutions internationales à l'augmentation de ses capacités.

La Russie pourrait devenir un partenaire supplémentaire. Elle pourrait aussi chercher à positionner ses entreprises face aux fabricants européens, asiatiques ou autres fournisseurs d'équipements énergétiques.

À ce stade, aucun document consulté ne permet de conclure qu'un partenaire serait sur le point d'en remplacer un autre.

Pour les Togolais, la question essentielle reste le prix et la disponibilité de l'électricité

Derrière les annonces industrielles et les discussions diplomatiques, une préoccupation demeure : celle des ménages et des entreprises togolaises.

Pour les consommateurs, l'arrivée de nouveaux équipements n'aura de véritable intérêt que si elle contribue à améliorer la qualité de l'approvisionnement et, si possible, à rendre l'électricité plus abordable.

Les entreprises ont besoin d'une fourniture suffisamment fiable pour produire, conserver leurs marchandises et faire fonctionner leurs équipements sans supporter des dépenses excessives liées aux solutions de secours.

Les ménages, de leur côté, attendent avant tout une continuité de service et une facture compatible avec leurs revenus.

Or, l'augmentation de la puissance installée n'entraîne pas mécaniquement une diminution des tarifs.

Une centrale peut produire davantage d'électricité tout en conservant un coût élevé si son combustible, sa maintenance ou son financement sont onéreux.

La comparaison entre les projets doit donc reposer sur le coût réel du kilowattheure produit, et pas seulement sur la puissance annoncée en mégawatts.

C'est notamment sur ce terrain que les offres russes devront être évaluées si elles débouchent sur des négociations concrètes.

Une annonce russe, mais plusieurs questions encore sans réponse

À la date du 8 octobre 2026, plusieurs éléments essentiels restent inconnus : les quantités d'équipements éventuellement demandées par les autorités togolaises, leur destination, les coûts envisagés, les modalités de financement et les échéances de réalisation.

Il n'est pas davantage établi qu'une entreprise russe ait participé à la consultation organisée en septembre pour le projet de centrale de 120 MW.

Les technologies des deux initiatives ne doivent d'ailleurs pas être assimilées automatiquement : la centrale soutenue par la Banque mondiale doit reposer sur des groupes moteurs bifuel, tandis que la proposition d'UEC concerne des équipements à turbines à gaz.

L'existence d'un intérêt russe est donc confirmée. Mais son éventuelle concrétisation au Togo reste à suivre.

Conclusion : le Togo doit-il importer moins ou produire mieux ?

L'annonce d'United Engine Corporation intervient à un moment important pour le secteur électrique togolais.

Le pays dispose déjà d'infrastructures de production, continue de s'approvisionner auprès de partenaires régionaux et prépare de nouveaux investissements destinés à répondre à une demande croissante.

L'intérêt exprimé par Moscou pourrait élargir ses possibilités de coopération. Mais il ne constitue pas, pour l'instant, une rupture dans l'organisation du marché électrique national.

La question centrale n'est donc pas de savoir si la Russie remplacera le Nigeria.

Elle est de déterminer comment le Togo peut construire un système énergétique plus fiable, moins vulnérable et économiquement soutenable.

Entre l'électricité achetée au Nigeria, les centrales déjà construites et les nouveaux projets soutenus par la Banque mondiale ou proposés par des industriels russes, le véritable choix sera celui du meilleur coût et de la meilleure sécurité d'approvisionnement pour le pays.

Pour les Togolais, le succès de cette stratégie ne se mesurera pas au nombre de partenaires étrangers, mais à la capacité de disposer durablement d'une électricité fiable et accessible.

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